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Les bâtiments de Masdar City consomment jusqu’à 50% de moins d’énergie que les constructions classiques présentes dans la capitale émiratie, Abu Dhabi.
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Immobilier

Masdar City peine à sortir du sable émirati

Près de dix ans après le début des travaux, la ville verte située dans le désert d’Abu Dhabi est loin d’être achevée. Entreprises, investisseurs et habitants tardent à s’installer dans cette vitrine technologique

Bâtir une ville durable respectant les plus hauts standards de construction en matière d’économies d’énergie et d’eau, limitant la production de déchets et le rejet de gaz à effet de serre, tout en assurant à ses habitants un confort optimal. Le projet Masdar City, lancé par le sultan Ahmed al-Jaber en 2008 et propriété du groupe étatique d’investissement Mubadala, était ambitieux. Invité par l’entreprise Siemens, Le Temps s’est rendu dans cette éco-cité pionnière, édifiée en plein cœur du désert, présentée comme une vitrine d’innovations architecturales et domotiques.

Mais presque dix ans après les premiers coups de pioche, le constat est tout autre. L’avenir radieux que l’on promettait à Masdar City s’est assombri dès le début des travaux, la crise financière de 2008 ayant refroidi l’enthousiasme des investisseurs et découragé les sociétés étrangères à s’installer au cœur de l’éco-cité. La réalité économique du projet, dont le coût faramineux était initialement estimé à 24 milliards de dollars (23,6 milliards de francs), a considérablement freiné le rythme des constructions.

Lire aussi: Masdar City, rêves et mirages d’une ville «verte» au milieu du désert

Premiers blocs résidentiels bientôt terminés

Située à 30 kilomètres d’Abu Dhabi, aux Emirats arabes unis, et toute proche de l’aéroport international, la cité futuriste de Masdar – «la source» en arabe – devait s’étendre sur près de 6 km2, accueillir 50 000 résidents et plus d’un millier d’entreprises dès 2016. Aujourd’hui, seuls quelques bâtiments ont émergé du sable brûlant émirati. Au nord de la ville, les premiers blocs résidentiels, composés de 500 appartements, seront terminés le mois prochain.

Le cœur du site héberge le campus couleur ocre de l’institut MIST (Masdar Institute of Science and Technology), une bibliothèque en forme de carapace, un incubateur de PME et les quartiers généraux au Moyen-Orient de l’entreprise Siemens, notamment. Au sud, esseulé, on distingue dans la poussière l’imposant siège de l’agence internationale de l’énergie renouvelable (Irena) et, à l’ouest, un parc de panneaux photovoltaïques s’étendant sur plus de 22 hectares. Le reste de Masdar City n’est pour l’instant qu’une vaste étendue triangulaire de sable, bordée par une route à deux voies déserte.

Trouver des relais de croissance

Si l’architecture du site est esthétiquement réussie, le calme régnant sur le campus et les espaces publics vides laissent le ressenti étrange d’une ville fantôme. Aujourd’hui, seules quelques centaines d’habitants – notamment les 450 étudiants du MIST et les employés de l’Irena– y vivent de manière permanente. La seconde phase de la construction, dévoilée il y a un an par le cabinet d’architectes américain CBT, aura pour but de développer le tissu social qui manque actuellement à la ville en multipliant le nombre de résidents par quatre d’ici à 2020, et en greffant aux îlots déjà sortis de terre restaurants, centres commerciaux et récréatifs, écoles, mosquées…

Le nouveau plan directeur prévoit également d’attirer chaque année davantage de professionnels et d’entreprises au sein des pôles de recherche et de développement. La société Masdar, société mère de Masdar City, a d’ores et déjà mis en place une «zone franche», afin d’attirer et de faciliter l’installation des compagnies étrangères sur le site et de promouvoir le rapprochement entre les start-up et le vivier universitaire du MIST voisin. Les avantages légaux et fiscaux sont nombreux: faible capital de base requis pour s’installer, exonération totale d’impôts sur les sociétés, espaces locatifs de travail très abordables…

Des centaines de start-up, majoritairement en provenance du Moyen-Orient, ont fait le premier pas et sont désormais gérées depuis l’éco-cité. En revanche, les grands groupes étrangers – quasiment tous actifs dans le secteur de l’énergie – se comptent encore sur les doigts d’une main. D’autres infrastructures devraient cependant sortir de terre afin de soutenir les objectifs de croissance de la «zone franche», visant à augmenter chaque année d’un tiers la surface nette disponible pour les entreprises. Le bâtiment Accelerator 1, inauguré cette année, proposera plus de 5000 m2 d’espaces locatifs, exclusivement réservés aux professionnels.

Repenser l’architecture classique

Si Masdar ambitionne de devenir un hub technologique majeur au Moyen-Orient, spécialisé dans les énergies renouvelables, la maquette de la ville au sous-sol du MIST donne une idée du chemin qu’il reste encore à parcourir pour parvenir à l’idée originelle du projet. Pour Chris Wan, cheville ouvrière et responsable du design de Masdar City, le cœur de la cité répond aux critères énergétiques fixés au départ. «L’architecture et les matériaux utilisés pour la construction des bâtiments de Masdar permettent de réduire la consommation d’énergie et d’eau jusqu’à 50% par rapport à une construction classique dans le centre d’Abu Dhabi, détaille l’architecte. Aujourd’hui, nous sommes capables de bâtir des infrastructures très performantes au niveau énergétique tout en restant compétitifs en termes de coûts de construction.»

Dans une région où les températures estivales peuvent atteindre les 50°C, architectes et ingénieurs – notamment le cabinet Norman Foster – ont dû rivaliser d’ingéniosité pour rendre vivable le cœur de la ville: accélérer la vitesse du vent entre les bâtiments afin de rafraîchir au maximum les espaces communs, multiplier les zones d’ombre, recueillir l’humidité de la nuit pour la convertir en eau potable… En 2014, l’entreprise Siemens a inauguré son siège régional au cœur de la cité du futur, le seul bâtiment des Emirats arabes unis à respecter la norme LEED Platinum, une des plus strictes certifications énergétiques délivrées en vigueur.

Actuellement, près de 800 employés travaillent sur le site émirati. «Le Moyen-Orient est un marché éclectique, affirme Manuel Kuehn, responsable du bureau de Siemens à Masdar City. Les priorités énergétiques et le type d’infrastructures mises en place sont très différents en Egypte, dans les Emirats arabes unis, au Koweït ou encore en Arabie saoudite.» Selon lui, l’implantation de l’entreprise allemande au cœur de Masdar City et la proximité de l’institut MIST permettront une collaboration directe et pérenne pour le développement et la promotion des énergies renouvelables.

Multiplier les partenariats

Masdar Clean Energy, une des filiales du groupe Masdar, cherche par ailleurs à promouvoir les énergies d’avenir au-delà de la cité verte et des frontières émiraties, en «multipliant les projets de recherche et de développement partout dans le monde», précise Chris Wan. Parcs éoliens au large des côtes britanniques et en Serbie pour l’entreprise Tesla, installation d’infrastructures solaires de base en Afghanistan, Mauritanie ou dans les îles du Pacifique, programme pilote de désalinisation de l’eau…

Depuis sa fondation, Masdar Clean Energy a investi plus de 2,7 milliards de dollars dans des projets d’énergies renouvelables, dans plus de 20 pays différents. Au sein des Emirats arabes unis, la filiale a également financé à hauteur de 60% – soit environ 360 millions de dollars – la construction de la plus grande centrale solaire du monde, baptisée Shams 1, qui alimente aujourd’hui en électricité des milliers de foyers.

Grand Prix de formule 1 à quelques kilomètres

Pourtant, malgré les efforts déployés en faveur d’une énergie propre et durable, les Emirats arabes unis présentent une des plus grosses empreintes écologiques du monde et demeurent plus que jamais dépendants de l’or noir, qui représente encore plus d’un quart de leur PIB. La prochaine exposition universelle, organisée fin 2020 entre Dubaï et Abu Dhabi sur le thème de la durabilité et la mobilité, donnera une chance unique à Masdar City d’être au centre de l’attention.

Au sous-sol du MIST, les navettes autonomes de démonstration enchaînent sans un bruit les boucles dans un hangar, pour le plus grand plaisir des visiteurs. Avant d’être un jour le seul moyen de transport à circuler dans les allées de l’éco-cité? A quelques kilomètres de Masdar, le circuit de Yas Marina accueille le dernier Grand Prix de la saison de formule 1. Une contradiction de plus dans un pays aux multiples facettes.

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