Et si novembre 2015 marquait le début de l’éclatement d’une nouvelle bulle Internet? Ce jeudi entrent en bourse à New York deux «licornes», soit deux entreprises valorisées à plus d’un milliard de dollars: le spécialiste du paiement mobile Square et Match Group, éditeur notamment du service de rencontre Tinder. Or tous deux ont annoncé dans la nuit de mercredi à jeudi une baisse sensible de leur valorisation recherchée. Ces indices, couplés à une baisse sensible de la capitalisation boursière de certaines «licornes» cotées depuis peu au Nasdaq, font craindre à certains un choc financier comparable à l’éclatement de la bulle Internet, intervenue en mars 2000.

Square, dirigée par Jack Dorsey – l’homme est également à la tête de Twitter – a, coup sur coup, revu ses ambitions à la baisse à deux reprises. Vendredi dernier, le concepteur de lecteurs de carte de crédit indiquait une première fourchette, pour le prix de son action, impliquant une première baisse de 30% par rapport à la valorisation enregistrée lors du dernier tour de financement, soit une chute à 4,2 milliards de dollars. Dans la nuit de mercredi à jeudi, nouvelle décote: l’action est introduite à 9 dollars, contre une fourchette estimée entre 11 et 13 dollars précédemment, avec une valorisation visée de 3 milliards de dollars.

Square, qui propose son mini lecteur de carte principalement à des petits commerçants, est en croissance, avec un chiffre d’affaires en hausse de 49% sur les neuf premiers mois de l’année, à 892 millions de dollars. Mais ses pertes se creusent: 132 millions cette année, 117 en 2014. «Si vous n’atteignez que les petits commerces, je crains que vous n’atteigniez jamais la profitabilité voulue», estimait un analyste de Nuveen Asset Management dans le New York Times.

Match Group, éditeur notamment des plateformes Tinder et OKCupid, a aussi revu ses ambitions à la baisse. La société, unité du conglomérat InterActiveCorp, voulait vendre ses actions entre 12 et 14 dollars pièce. Le prix final est de 12 dollars, pour une valorisation de 2,9 milliards de dollars. Comme Square, match Group est en croissance: 753 millions de dollars de chiffre d’affaires sur les trois premiers trimestres de 2015 (16%) et surtout un bénéfice de 85 millions de dollars. L’argent est gagné via des abonnements vendus à une partie des 59 millions d’utilisateurs réguliers des plateformes – Tinder est quant à lui financé par de la publicité. Mais cela pourrait bientôt ne plus suffire. «Plus des services gratuits comme Tinder s’améliorent, plus ils étendent leur base d’utilisateurs, moins ceux-ci seront enclins à payer pour des sites plus traditionnels de Match Group», estime un analyste de BTIG dans le Wall Street Journal.

Majorité dans le rouge

Ce jeudi doit aussi entrer en bourse Mimecast, spécialisé dans la sécurisation des emails. La société vise une valorisation de 540 millions de dollars. Comme pour Square et Match Group, l’évolution future de son action est attendue avec inquiétude par plusieurs analystes. LoanDepot, spécialiste des prêts, a renoncé à entrer en bourse la semaine passée. L’action de LendingClub, plateforme de prêts participative, est encore sous son prix d’introduction de décembre 2015, après une chute de 45% depuis son plus haut. Twitter, en panne de croissance, affiche un recul de 28% depuis le début de l’année. Sur 14 entrées en bourse lancées à Wall Street ces 12 derniers mois, la moitié sont à présent dans le rouge, sous leur prix d’introduction.