Négoce

Matières premières: des chaînes de blocs pour lier les traders

Le commerce international adopte l’approche des petits pas pour se débarrasser du papier. En jeu: la sécurisation des transactions et la réduction des capitaux immobilisés

La blockchain, que l’on peut voir comme une nouvelle forme de connexion entre les individus, va révolutionner l’économie et la société. A l’occasion d’un congrès* organisé à Palexpo en janvier, dont «Le Temps» est partenaire, les enjeux de cette technologie seront décryptés.

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«Dans le négoce de matières premières, les transactions n’ont pas beaucoup évolué» depuis le temps des Romains. La boutade du patron de Mercuria, Marco Dunand, visait les emblématiques bills of lading. Ces bons de chargement, attestant du titre de la marchandise chargée sur un navire, illustrent la toute-puissance du papier dans le commerce international. Pourtant, le secteur s’intéresse depuis deux ans aux technologies adossées à la chaîne de blocs, plus communément appelée blockchain.

Un consortium regroupant une quinzaine d’extracteurs de matières premières, négociants et banques d’investissement annonçait mi-septembre le lancement de la plateforme Komgo visant à faciliter les transactions entre tous ces acteurs. Deux solutions devraient être disponibles le mois prochain. Elles concernent le début de la chaîne de valeur, expliquait alors Souleïma Baddi, directrice de Komgo, dont la structure sera basée à Genève. «Nous avons travaillé avec l’industrie afin de définir les problèmes prioritaires.»

Une seule vérification

La première solution concerne les procédures de mise en conformité, plus concrètement celles dites de Know Your Customer (KYC). Jusqu’à présent, les traders et leurs contreparties devaient tous répéter les mêmes opérations, chacun de leur côté, afin de vérifier l’identité de leurs clients. La mise en place d’un livre comptable numérique sécurisé permettra de sécuriser ces informations en les adossant sur la blockchain Ethereum.

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Komgo garantit à ses clients et investisseurs qu’elle n’aura accès à aucune de leurs données. Parmi eux, on retrouve des acteurs concurrents comme les négociants genevois Mercuria et Gunvor, les banques BNP Paribas, Citibank, Société Générale ou Crédit Agricole CIB, les majors pétrolières BP ou Shell. Les données seront uniquement accessibles aux utilisateurs autorisés selon un système de clés de cryptage.

Gagner du temps sur les transactions

La deuxième solution de Komgo ambitionne de réduire la mobilisation de capitaux via la numérisation des lettres de crédit. Outre la sécurisation, la blockchain promet surtout une accélération des transactions. Ce qui permettrait aux négociants de réduire leurs cycles de financement: deux à trois semaines de moins sur des fonds de roulement d’environ un mois sont évoquées dans le secteur.

Les premiers essais étaient en tout cas porteurs d’espoir. En février 2017, la blockchain a permis de réduire la durée moyenne des démarches bancaires de trois heures à 25 minutes sur une cargaison de brut africain, vendue trois fois sur sa route vers la Chine. Une initiative qui regroupait déjà ING, Société Générale et Mercuria.


Geneva Annual Blockchain Congress, le 21 janvier 2019 à Palexpo, voir le programme sur www.genevablockchaincongress.com

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