Le Temps: Vous avez finalement nommé Mauro Dell’Ambrogio secrétaire d’Etat à la Formation, à la recherche et à l’innovation à partir du 1er janvier 2013. L’ancien surveillant des prix Rudolf Strahm dit que ce choix est contraire aux intérêts de la formation professionnelle. Que répondez-vous?

Johann Schneider-Ammann: Les cinq candidats qui figuraient sur la «short list» remplissaient tous les critères que nous avions définis. Nous avons décidé de nommer une personnalité extérieure disposant d’une vaste palette de compétences afin de réussir le mariage des deux cultures du Secrétariat d’Etat à la recherche et de l’Office de la formation professionnelle. J’étais conscient que le mandat qu’exerce Roman Boutellier dans mon ancien groupe déclencherait des discussions. J’ai pris ce risque. Mais c’est du passé. Mauro Dell’Ambrogio a lui aussi franchi toutes les étapes de la sélection. Il est lui aussi très qualifié pour ce poste. Il est vrai que sa fonction actuelle le porte avant tout vers les universités et les EPF. Mais il a dirigé une HES et connaît le secteur de la formation professionnelle.

– On a le sentiment qu’Isabelle Chassot aurait accepté si vous lui aviez formellement proposé ce poste…

– Je répète ce que j’ai déjà dit: elle n’était pas candidate. Isabelle Chassot l’a aussi clairement expliqué publiquement. Je me réjouis cependant de travailler avec elle comme présidente de la Conférence des directeurs cantonaux de l’Instruction publique. Son rôle est absolument central.

– Mais on peut ne pas être candidat à un moment et le devenir à un autre…

– Le Conseil fédéral a fait son choix. Les rôles de chacun sont clairs: Mauro Dell’Ambrogio dans sa fonction de secrétaire d’Etat et Isabelle Chassot comme représentante des cantons travailleront main dans la main pour construire une politique de formation et de recherche cohérente et compétitive.

– Le parlement a refusé d’introduire la notion de responsabilité solidaire entre les entreprises et leurs sous-traitants dans les mesures d’accompagnement à la libre circulation des personnes. N’est-ce toutefois pas nécessaire pour combattre le dumping salarial?

– La Commission de l’économie du Conseil des Etats me demande de présenter des propositions à ce sujet d’ici au mois d’août et d’en discuter durant la session d’automne. Ces mesures compléteront celles qui concernent les faux indépendants et les salaires minimaux, qui seront adoptées par le parlement durant la présente session.

– Etes-vous personnellement favorable à cette responsabilité solidaire?

– La situation actuelle n’est pas satisfaisante. Mais cette problématique est assez nouvelle. Elle découle de l’aggravation de la situation depuis la crise financière, de l’augmentation de la demande et de la disparition des frontières. Des correctifs sont nécessaires, mais je souhaite agir de manière ciblée et efficace. Il faut éviter de remettre en question la répartition des rôles et d’affaiblir notre place économique.

– L’activation de la clause de sauvegarde envers huit Etats membres a déclenché une vague de mauvaise humeur au sein de l’UE. N’est-ce pas dommageable pour l’économie suisse?

– Lorsque la Suisse a négocié avec ces huit Etats, la possibilité d’actionner la clause de sauvegarde était connue. Cette décision est donc légitime. J’en ai longuement parlé avec des ministres polonais et hongrois. Ils enont pris acte et m’ont fait part des réserves de leur gouvernement. Le ministre polonais m’a demandé si cette décision avait un lien avec les investissements directs des entreprises suisses dans son pays. Je lui ai répondu que non, ce qui l’a rassuré. Je suis persuadé que les discussions au sein du comité mixte Suisse-UE permettront de dissiper les malentendus.

– Cette décision ne crée-t-elle pas un climat défavorable pour d’éventuelles nouvelles négociations, déjà difficiles, avec l’UE?

– C’est possible. Mais la clause de sauvegarde n’est qu’un aspect de nos relations avec l’UE, dont nous sommes le deuxième plus important partenaire commercial. L’UE le sait, et elle aussi est demandeuse, puisqu’elle souhaite régler la question institutionnelle, soit la reprise du droit communautaire. Tout le monde a un intérêt à trouver des solutions.