Il est notoire que l’investisseur individuel intervient en général à contretemps. En d’autres termes, il achète en pleine euphorie, lorsque les titres sont au plus haut, et vend lorsque ces mêmes valeurs sont au plus bas. Pour quantifier la divergence entre la performance affichée par les fonds et ce que gagnent vraiment les investisseurs, Morningstar vient de créer un nouvel indice, baptisé «Morningstar Investor Return» (Performance investisseur).

Cet indice pondère la performance d’un placement en fonction des flux de souscription. Dans un article publié au début décembre 2014, Mathieu Caquineau, analyste fonds senior de Morningstar France, expliquait ainsi qu’on «prend en compte le fait que tous les investisseurs n’investissent pas exactement à la date de début de calcul de la performance et ne gardent pas nécessairement leurs parts jusqu’au bout». L’indice Performance investisseur mesure ainsi le taux de rendement de la valeur d’actif en début de période en prenant en compte tous les flux intermédiaires pour arriver à la valeur d’actif en fin de période.

L’analyse de Morningstar confirme que sur une large palette de fonds, les investisseurs achètent et vendent au mauvais moment, les phases de baisse étant particulièrement propices aux décisions dommageables. A l’appui de ce constat, l’auteur met en avant plusieurs exemples, dont le plus frappant est celui des marchés émergents: «Les investisseurs sont sortis de la classe d’actifs en 2011, avant un rebond de plus de 16% l’année suivante, en 2012. Ils sont alors retournés massivement sur les marchés émergents avec des flux rentrants de 16,8 milliards d’euros sur l’année 2012. Les marchés émergents ont corrigé de 7% en 2013.»

L’impact sur la performance effective des investisseurs va fortement s’en ressentir. C’est ainsi que les fonds sur les actions russes sur cinq ans ont dégagé une performance positive de 1,89%, mais de – 0,85% en termes de performance investisseur, soit un écart de 2,74 points de pourcentage. Pour les actions chinoises, la performance classique se monte, quant à elle, à 4,94%, contre 2,37% calculée en performance investisseur, soit un écart de 2,57%. Cette différence se réduit fortement lorsqu’on considère l’univers de grandes capitalisations de la zone euro. C’est ainsi que la performance sur cinq ans s’établit à 6,16% contre 4,52% en performance investisseur soit une différence de 1,64 point.

L’analyste de Morningstar fait la même observation pour les obligations à haut rendement en euros, dont la performance sur cinq ans également, mesurée de manière classique, atteint 8,17% par an, contre une performance investisseur de seulement 6,35% par an, soit une divergence de 1,82 point de pourcentage. Ecart qui est nettement plus important que pour les obligations d’entreprise en euros, dont la performance affichée est de 5,15%, ­contre 4,14% en termes de performance investisseur, soit un écart de 1,10 point.

Mathieu Caquineau en conclut donc que «le risque est un facteur déterminant de l’écart entre la performance investisseur et la performance totale». En recommandant ainsi à ceux qui sont désireux «d’investir sur ce genre de fonds de le faire le plus rationnellement possible, sans céder aux mouvements d’enthousiasme, succédant aux périodes de forte hausse, ou de panique pendant la baisse.»

les investisseurs achètent et vendent au mauvais moment, les phases de baisse étant particulièrement propices aux décisions dommageables