La liquidation des mauvaises créances d’UBS s’opère à un rythme soutenu. Une année après la création du fonds de stabilisation chargé d’écouler les titres pourris de la grande banque (StabFund) par la Banque nationale (BNS) et six mois après son démarrage effectif, le portefeuille a diminué de près de moitié. Au 30 septembre, il s’élevait à 21,5 milliards de dollars contre 38,7 milliards à la fin mars.

Hausse des cours

Ces chiffres se lisent sur le bilan au troisième trimestre de la BNS, publié vendredi matin. Ils indiquent aussi que StabFund a limité les pertes sur les moins-values dans le courant du troisième trimestre. Dans le commentaire de ses résultats, la banque centrale explique que «le fonds de stabilisation n’a tiré que modestement profit du redressement des marchés au troisième trimestre». Ce «profit» tranche avec le trou constaté au trimestre précédent: «la perte cumulée se chiffre à 4,5 milliards de dollars», écrivait la banque lors de la publication de ses résultats au deuxième trimestre.

Autrement dit, les actifs du fonds de stabilisation ont été mieux vendus au cours de l’été que pendant les mois précédents. Cela s’explique par le redressement des marchés concernés, principalement depuis mars dernier. L’indice iTraxx Cross­over, qui suit l’évolution de certains titres de dette «à la casse», a progressé de près de 24% depuis le début de l’année. Parmi les acheteurs figurent nombre de fonds «distressed» (ou «vautours»), spécialisés dans l’acquisition de titres vendus au rabais en raison du mauvais état de l’emprunteur.

Encore l’hétérogénéité du portefeuille du fonds de stabilisation entraîne-t-elle des tendances parfois très divergentes entre les différents actifs. Lors de sa constitution définitive au seuil du printemps, il était composé de titres, de crédits non titrisés et de positions en dérivés, tous essentiellement basés sur de l’immobilier aux Etats-Unis, en Europe et au Japon.

«La liquidité et la variation des cours diffèrent fortement d’un marché à l’autre, et donc d’une catégorie de titres à l’autre. Nous intervenons au mieux dans ce contexte», explique un porte-parole de la Banque nationale.

Ralentissement des cessions

Si la hausse des marchés des actifs pourris ne s’est que modestement répercutée sur les comptes du fonds de stabilisation, c’est que ce dernier les avait repris à des prix plus hauts encore. Lors de sa constitution, de décembre 2008 à mars 2009, le fonds a repris les titres de prêts d’UBS à leur valeur au 30 septembre 2008. D’octobre à décembre de cette année-là, les prix avaient baissé. Leur redressement de cette année n’a donc pu que rapprocher les prix du marché des valeurs comptables.

Le rythme des cessions s’est ralenti pendant les trois mois d’été. De juillet à septembre, pour 2 milliards de dollars de titres seulement ont été vendus. Toutefois, ce rythme suggère que la totalité des actifs pourris d’UBS pourrait être liquidée en trois ou quatre ans au lieu des huit à douze prévus au départ. «Nous ne publions pas de projections en la matière», se défend néanmoins le porte-parole de la Banque nationale.

Le fonds de stabilisation est financé pour l’essentiel par un prêt en dollars de la BNS, cette dernière se refinançant en billets verts sur le marché obligataire. C’est elle aussi qui en assume les risques et se charge de sa gestion. La valeur des actifs est couverte par le prêt de l’institut d’émission ainsi que par un droit conditionnel que ce dernier a sur un paquet de 100 millions d’actions d’UBS, calculé au prix du marché. A 17,10 francs, cela constitue une couverture supplémentaire de 1,7 milliard, qui a pu dépasser 1,9 milliard en septembre et en octobre lorsque le cours était au plus haut. «Nous ne ferons les calculs qu’à la fin de l’année», précise néanmoins le porte-parole de la BNS.