Les mécanismes d’incitation constituent un des facteurs clés permettant d’expliquer la récente crise financière, est convaincu Kurt Schiltknecht. Pour autant, il serait illusoire d’espérer pouvoir définir un modèle de rémunération applicable à toutes les entreprises, juge le professeur à l’Université de Bâle, qui s’exprimait vendredi lors d’une conférence organisée par Avenir Suisse.

Pour bien comprendre les raisons de la crise récente, il est nécessaire de remonter à la fin des années 1980. L’idée d’octroyer des rémunérations en fonction des résultats atteints fait alors son chemin à partir des Etats-Unis. Les aspects liés aux risques sont toujours plus souvent relégués au second plan, alors que la définition d’objectifs sert de base pour motiver les collaborateurs. Puis, la valeur des actions explose durant les années 1990, pour des raisons qui n’ont toutefois que peu à voir avec les prestations de leurs directions.

Pour continuer à entretenir la hausse des cours et satisfaire aux attentes de bénéfices, il a fallu recourir à de nouvelles mesures. Les acquisitions, peu sensées d’un point de vue stratégique mais qui augmentent les volumes d’affaires, se sont alors multipliées, tout comme le recours à des méthodes comptables plus agressives. Ces interventions ont un effet positif sur les bonus, basés avant tout sur des critères tels que le chiffre d’affaires ou la somme des bilans ou les gains à court terme.

Que pense Kurt Schiltknecht du projet récemment présenté par la Finma? Ce modèle comporte des «réflexions raisonnables», juge-t-il. Toutefois, les durées prises en compte sont trop restreintes et l’approche trop réglementaire. Seule une période de 7 à 10 ans est appropriée pour évaluer si le management d’une entreprise a véritablement réussi à dégager de la valeur.

Droit à la subjectivité

Qu’envisager alors? Deux pistes sont évoquées. D’une part, éviter de lier «mécaniquement» l’octroi de rémunérations variables sur la base de chiffres clés à court terme. Car, «plus les modèles de rémunération sont définis de manière précise, plus il est facile de les détourner pour maximiser son profit personnel», avertit-il. D’autre part, il s’agit d’accorder plus de marge de manœuvre aux conseils d’administration dans le choix des critères utilisés pour déterminer la part variable accordée. Il conseille même de laisser le droit à une certaine subjectivité aux administrateurs dans la manière d’attribuer des bonus, seule manière d’éviter que les cadres adoptent une attitude trop calculée dans ce but.

Autre thème central évoqué vendredi: le protectionnisme, qui tend à revenir sous des formes variées. Simon Evenett , professeur à l’Université de Saint-Gall, estime qu’il faut rester vigilant sur ce point. Il propose un observatoire recensant toutes les mesures prises par les Etats affectant les échanges. Le site www.globaltradealert.org sera mis en service dès lundi.