Le géant helvético-suédois ABB se trouve toujours dans une zone de turbulences. Trois semaines après la démission inattendue de son président, Percy Barnevik, c'est le directeur financier, Renato Fassbind, qui a créé la surprise, lundi, en prenant la porte de sortie. Le démissionnaire s'est déclaré coresponsable de la mauvaise passe que traverse l'entreprise. Il était notamment chargé de ramener la dette de 6,3 milliards de dollars à un milliard à la fin cette année. Cet objectif est loin d'être atteint. Renato Fassbind sera remplacé par Peter Voser, haut cadre chez Royal Dutch/Shell qui a fait carrière en Argentine, au Chili et en Grande-Bretagne.

Risques de procès

Le départ du directeur financier n'est pas la seule mauvaise nouvelle. Le titre du groupe a subi une chute spectaculaire de 11% à l'ouverture des Bourses lundi, avant de reprendre légèrement dans l'après-midi, se négociant à 17 fr. 05 à la clôture. En effet, Haliburton, la plus grande société de services liée à l'industrie pétrolière aux Etats-Unis, vient de perdre un procès pour avoir utilisé de l'amiante. Ce qui faire craindre le pire à ABB. A cause de l'utilisation de ce produit nocif par une de ses anciennes filiales américaines, le groupe doit répondre à un déferlement de plaintes devant la justice. Elles seraient au nombre de 36 000. La société est certes consciente des risques financiers et, par conséquent, elle a fait des provisions d'un demi-milliard de dollars. Mais selon des connaisseurs, cette somme est insuffisante: «Haliburton doit débourser 30 millions de dollars rien que pour cinq plaignants. Dans le cas d'ABB, chaque plainte sera traitée aussi individuellement, affirme Andreas Riedel, analyste à la banque Sarasin à Zurich. Les procès liés à l'amiante auront des répercussions pendant de nombreuses années sur les comptes d'ABB.» Selon une étude du Credit Suisse First Boston citée par l'ATS, le groupe pourrait être amené à payer 2,2 milliards de dollars aux victimes de l'amiante.

Par ailleurs, rien indique que la nouvelle direction va changer le plan de restructuration en cours. Les résultats pour les neuf premiers mois de l'année ont été catastrophiques: les commandes ont reculé de 8% par rapport à la même période en 2000; le résultat net a plongé à 23 millions de dollars sur le dernier trimestre (juillet-septembre), contre 132 pour la même période en 2000, et contre 45 millions espérés. «La nouvelle direction prendra du temps à mettre en place son propre programme de redressement et il faudra attendre le prochain trimestre pour voir les premiers résultats», commente Andreas Riedel.

Contrat finalisé en Chine

En attendant, le groupe maintient sa politique: se recentrer sur les technologies de l'électricité et de l'automation destinées aux entreprises actives dans l'approvisionnement en énergie. Le désinvestissement dans des secteurs non stratégiques se poursuit. Ainsi, ABB a cédé ses activités liées aux techniques de ventilation et de climatisation, lundi, à Global Air Movement, une société d'investissement basée à Luxembourg. Coût de la transaction: 225 millions de francs. Avec cette vente, le groupe poursuit également son objectif de supprimer 12 000 de ses 160 000 emplois dans une centaine de pays, dont 8000 en Suisse.

Mais il y a aussi quelques bonnes nouvelles. Le groupe vient de finaliser un contrat de 350 millions de dollars pour installer un réseau de distribution d'électricité dans la province de Guangdong en Chine. «Il s'agit de notre deuxième grand mandat signé en deux ans dans ce pays, ce qui confirme notre réussite dans notre secteur stratégique», a assuré Jürgen Centreman, le PDG d'ABB. Autre percée: le groupe vient d'ouvrir une représentation à Pyongyang, capitale de la Corée du Nord. L'entreprise est déjà assurée de la réfection du réseau national d'électricité. Elle espère décrocher d'autres contrats l'année prochaine: elle sera en effet en première ligne dans les deux foires-expositions qui réuniront les entreprises étrangères travaillant avec le régime de Pyongyang. Andreas Riedel, l'analyste qui suit ABB de près, temporise: «C'est normal que le groupe décroche des contrats ici et là mais fait remarquer qu'ils impliquent plutôt des sommes modestes et personne ne connaît les marges réalisées sur ces affaires.»