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Goût de l’indépendance (5)

Max Büsser: «Il faut être prêt à perdre sa mise de départ»

Max Büsser est devenu indépendant «pour ne pas avoir de regrets».Sa société, MB&F, célèbre une décennie de réussites mécaniques et de frayeurs financières

«Il faut être prêt à perdre sa mise de départ»

Horlogerie Max Büsser est devenu indépendant «pour ne pas avoir de regrets»

Sa société, MB&F, célèbre une décennie de réussites mécaniques et de frayeurs financières

Demandez à tous ceux qui l’ont rencontré. Ou à ceux qui connaissent bien ses créations. Maximilian Büsser est un grand enfant. Il suffit de voir les montres qui ont fait sa renommée: des «machines horlogères» inspirées de navettes spatiales, d’avions de combat Thunderbolt ou du vaisseau de Capitaine Flam.

Max, comme il appelle tout le monde à le nommer, aujourd’hui âgé de 48 ans, en est d’ailleurs convaincu: c’est durant ses premières années que sa passion pour la mécanique est née. «J’ai toujours dessiné des voitures, depuis l’âge de 4 ans», assure ce «passionné» que Le Temps a rencontré à Genève, dans la galerie MAD, où il expose ses créations et celles d’autres artistes.

Aujourd’hui, il est à la tête d’une entreprise horlogère de 20 employés, dont le chiffre d’affaires atteint 15 millions de francs par an. Son nom? MB&F, pour Maximilian Büsser and Friends. Ses «amis»? La poignée de créateurs, designers, constructeurs et fournisseurs, eux aussi indépendants, qui gravitent autour de sa personne et qui «ne sont jamais crédités pour leur travail».

Mais on le comprendra vite, l’argent et le pouvoir qui va avec ne sont pas ses moteurs. Son envie profonde de devenir indépendant a commencé à se faire sentir à l’adolescence. Après avoir vécu «un calvaire» à l’EPFL, puis après s’être remis d’un grave accident à l’armée qui le tiendra hospitalisé pendant plusieurs mois, arrive «la» rencontre décisive. Au hasard d’une journée à Verbier, il croise les skis d’Henry-John Belmont. Celui qui est alors patron de Jaeger-LeCoultre le nommera rapidement responsable produits. «C’est lui qui m’a donné envie de ne pas être l’un des 200 000 employés d’une multinationale et de réaliser des choses concrètes. On était là pour un but: sauver l’horlogerie», assène Max Büsser.

Durant les sept années qu’il passera aux côtés de l’emblématique patron, le chiffre d’affaires de la marque sera multiplié par plus de dix. A 31 ans, il finit par s’émanciper de son père spirituel. Max Büsser est débauché par Harry Winston Timepieces pour en devenir le directeur général.

Créatif, volontaire et désormais pourvu d’un efficace réseau de fournisseurs, il contribuera là aussi à faire grandir la marque, à la faire passer dans une autre dimension. Un peu trop éloignée de ses aspirations, dit-il d’ailleurs aujourd’hui. «On ne créait plus des pièces pour le plaisir de créer ou pour le défi mécanique qu’elles représentaient mais pour répondre aux attentes du marché, pour vendre et pour accroître le chiffre d’affaires.»

A partir des années 2000, son embarras se fait de plus en plus dérangeant. La disparition de son père l’incite à suivre une thérapie et à mettre des mots sur son mal-être: «Devenir indépendant était une vocation, parce que je me suis rendu compte que j’étais malheureux dans ma fonction.»

Le grand saut, Max Büsser le raconte avec une infime précision. Et avec une certaine fierté. En 2005, la direction américaine du groupe Harry Winston lui propose un contrat en or. «Nous venions de vivre un Baselworld incroyable, avec des commandes qui nous assuraient dix-huit mois de production!» se souvient-il. Son nouveau contrat comprend une augmentation substantielle, des stock-options et un dédit d’un an… Bref, des conditions qui ne se refusent pas. Max Büsser va les refuser. Parce que son projet d’indépendance est déjà très clair dans son esprit et parce que ledit contrat inclut aussi des clauses de non-concurrence, d’interdiction de débaucher des employés ou de faire appel aux mêmes fournisseurs. Tout ce qui l’aurait empêché de démarrer son entreprise…

Il s’offre alors une semaine de vacances. Pour faire les comptes et déterminer de quelle somme il aurait besoin pour se lancer. Max Büsser dispose de 700 000 francs. «Il m’en fallait le double.» Mais son envie est devenue trop oppressante. Il quitte donc son généreux employeur et, le 15 juillet 2005, son contrat prend fin. Dix jours plus tard, Maximilian Büsser and Friends naît juridiquement.

Aujourd’hui, après une décennie échelonnée de succès horlogers et de frayeurs financières, la société MB&F est viable. Un détail important à ses yeux: elle n’a pas de «middle management» (de cadres moyens). «Notre vitesse de décision se chiffre en minutes, parfois en secondes», assure-t-il.

Les réussites et les échecs de ses dix ans d’entrepreneur indépendant ont tous un point commun: «Aller au bout de ses rêves créatifs.» Ses errements, Max Büsser le reconnaît, ont d’ailleurs été parfois le résultat de trop grandes ambitions. Comme lorsqu’il s’était par exemple mis en tête de produire deux nouveaux calibres chaque année. «Nous devions acheter plus de 300 000 composants! Le cash-flow plongeait dans le négatif, nous avons failli couler.»

On l’avait déjà compris, mais Max Büsser le confirme: il est un créatif d’abord et n’est pas du genre à passer ses journées sur sa comptabilité. Le but, «c’est d’atteindre le seuil de rentabilité», résume-t-il.

Ce qui le guide au quotidien? La fierté d’avoir réussi. Mais «j’aurais aussi été fier de me prendre une tôle. Celui qui se lance ne doit pas avoir peur de perdre sa mise de départ. Il faut essayer et ne pas avoir de regrets, quoiqu’il arrive. En avoir serait le plus désolant.»

Max Büsser est d’abord un créatifet n’est pas du genreà passer ses journéessur sa comptabilité

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