Le mécanisme du plan Juncker ne convainc pas

Europe L’Allemagne soutient «sur le principe» le plan de relance présenté. Une manière de dire sa réticence

L’Allemagne et la France se disent d’accord avec le plan d’investissement du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker (LT du 26.11.2014). «La France accueille favorablement la proposition de Jean-Claude Juncker», qui propose de mobiliser 315 milliards d’euros pour des investissements en Europe, a déclaré mercredi le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll.

Et de préciser aussitôt: «Nous considérons que l’on peut, avec le fonds stratégique d’investissement qui est proposé, améliorer encore ces propositions pour faire en sorte que l’investissement et donc la croissance soient une priorité européenne», a dit Stéphane Le Foll.

De son côté, la chancelière allemande Angela Merkel a apporté un soutien «sur le principe», mais a laissé planer des sous-entendus à peine dissimulés. L’investissement sera primordial pour faire repartir la croissance en panne en Europe, a-t-elle poursuivi, «mais ce qui est important surtout c’est dans quels projets» on investit.

«Remettre l’Europe au travail»

Jean-Claude Juncker a annoncé mercredi la création d’un «Fonds européen pour l’investissement stratégique» qui permettra «de mobiliser 315 milliards d’euros au cours des trois prochaines années». «Il est temps de lancer les grands travaux et de remettre l’Europe au travail. Nous n’avons pas besoin d’argent frais, mais besoin d’un nouveau départ et de nouveaux investissements», a-t-il affirmé devant le Parlement européen. Tentant de convaincre les sceptiques, il s’est plu à imaginer «des enfants dans une école à Thessalonique travaillant sur des ordinateurs flambant neufs» ou «un Français rechargeant sa voiture électrique sur l’autoroute comme s’il mettait de l’essence».

Pour Jean-Claude Juncker, «les Etats membres devraient participer à ce fonds pour augmenter son efficacité». «Nous devons être conscients que nous avons une communauté de destins, cela implique de la solidarité avec tout le monde», a-t-il plaidé en allemand. «Plus de croissance dans le sud de l’Europe, c’est une bonne chose pour l’Allemagne», a-t-il ajouté.

«Mauvaise méthode»

Angela Merkel a cependant laissé entendre qu’il ne fallait pas espérer trop de l’Allemagne. A la fin de la semaine, le Bundestag doit voter le projet de budget allemand 2015, qui prévoit des finances publiques à l’équilibre au niveau fédéral pour la première fois depuis 1969, «et cela vaudra aussi pour les années suivantes», a promis la chancelière.

«Montant faible»

«C’est le moment de faire ce programme. Nous sommes dans une phase de conjoncture basse, de chômage de masse, de demande déprimée, l’effet dopant sur l’activité pourrait être très important. Mais le montant est extrêmement faible», déplore Eric Heyer, économiste à l’OFCE, un institut de recherches classé à gauche.

Les investissements doivent passer par un «Fonds européen pour l’investissement stratégique» doté de 21 milliards d’euros de garanties, sorte «d’amortisseur de risque» censé attirer des ressources privées. Un effet multiplicateur mène alors au total de 315 milliards d’euros.

Selon Eric Heyer, ce montage signifie au mieux un apport de 5 milliards d’euros d’argent public sonnant et trébuchant. Or «le produit intérieur brut de l’Union européenne, c’est 15 000 milliards». Même en activant tous les multiplicateurs et leviers, «trois fois rien, dix fois rien, cela fait toujours rien», assène Eric Heyer, pour qui, en matière de relance, «la taille compte».

Ludovic Subran, économiste en chef de l’assureur Euler Hermes, n’est, pour sa part, pas convaincu par le montage financier. Jean-Claude Juncker, «c’est Le Cid de l’Union européenne: nous partîmes 5 milliards et arrivâmes 315 milliards», ironise-t-il, en référence aux vers célèbres de la tragédie de Corneille.