C'est sous ce thème que s'est tenu récemment un forum organisé conjointement par le Groupe Mutuel - Association d'assureurs, et la Société médicale de la Suisse romande. L'ambition, de ce qu'il faut appeler une première, est de mettre au jour des ponts et des plates-formes communes pour relever le défi majeur que représente la hausse continuelle des coûts de la santé. La volonté de ténoriser un rapprochement vient de l'expérience de ces acteurs eux-mêmes, partenaires obligés, parfois antagonistes, du système de santé. Mais, trop souvent, les problèmes du quotidien, le débat politique et la priorité donnée à la défense des acquis empêchent les uns et les autres de prendre le recul nécessaire. L'objectif premier du forum en question est de casser cette spirale.

En effet, les fournisseurs de prestations, les médecins au premier chef, sont la clé de voûte du système pour ce qui touche à la dispensation des soins. Les assureurs sont leurs pendants, s'agissant de la sécurité financière de ce même système. Tous les deux sont attachés à servir au mieux le même public: les patients et assurés dont ils ont la charge. S'il est vain de ne considérer que l'aspect des coûts, reproche souvent formulé à l'attention des assureurs maladie, il est tout aussi vain de ne prendre en compte que l'aspect des soins. La notion de qualité, qui doit animer notre système de santé, ne peut être atteinte que par un équilibre convenu et admis entre ces deux piliers. Autrement dit, la meilleure prestation possible à un prix raisonnable.

Car le constat est clair: les Suisses apprécient les services fournis tant par le monde médical que par les assureurs. Le malade sait que sa prise en charge sera bonne. Il sait aussi que les prestations d'assurance dont il bénéficie sont d'un très haut niveau.

C'est sans doute l'une des raisons pour laquelle le système de santé est pareillement sollicité. De 1994 à 2005, les coûts au titre de l'assurance de base ont doublé pour atteindre environ 20,5 milliards de francs. La croissance annuelle est actuellement de l'ordre de 1 à 1,5 milliard de francs supplémentaires. La raison fondamentale en est que les acteurs ont toujours su répondre à l'attente de la population. Et cette attente a immanquablement un prix qui, dans un système social et solidaire tel que celui-ci, se répartit sur tout le monde. La santé pour tous, le libre choix du médecin, le libre choix de l'assureur et la solidarité voulue entre bien portants et malades, entre jeunes et vieux, sont cependant autant d'exigences pour lesquelles il convient de payer un prix. Si l'on ajoute à cela la définition de la santé préconisée par l'OMS, pour qui la santé est à la fois un état de non-maladie mais aussi un état de bien-être, à la fois psychologique et physique, on entrevoit d'emblée le poids des sollicitations. Cependant, tous les systèmes qui approuvent ces principes sont confrontés, aujourd'hui, à un développement qu'ils peinent à maîtriser. Depuis les années 60, car ce n'est pas une nouveauté que les coûts de la santé augmentent, la réponse a régulièrement été un ajout de règlements et de directives. C'est ensuite aux acteurs de se débrouiller pour les appliquer et s'y mouvoir. D'une manière générale, si le dynamisme du marché de la santé est perçu comme un développement positif, il soulève aussi des inquiétudes. Même s'ils ouvrent de nouveaux horizons et suscitent des espoirs de guérison peut-être insoupçonnés, un nouveau médicament, l'application d'une dernière découverte ou technique, recèlent, dans le même temps, des inconnues et des interrogations, voire des craintes, qu'il s'agit de réduire au maximum. La réponse se traduit immanquablement en réglementations et directives qui sont autant de contraintes pour les acteurs et, de ce fait, des facteurs de coûts. Une emprise étatique grandissante, alors même que les pouvoirs publics, de par la lenteur inhérente à leur mode de fonctionnement, ne permettent pas de suivre le rythme imposé par la dynamique du secteur de la santé.

C'est finalement ce dernier constat qui a poussé le Groupe Mutuel et la Société médicale de la Suisse romande à vouloir dégager des modes de fonctionnement communs, partant de l'idée qu'aucune règle ni disposition législative n'est susceptible d'apporter de solution efficiente. Seule une entente directe entre partenaires le permettra.

La gestion commune des soins ou «Managed Care» est régulièrement présentée comme la panacée. Attention aux faux espoirs: s'il existait un remède miracle, de qualité irréprochable, permettant de contenir les coûts de la santé, cela se saurait. Les engagements des médecins et des assureurs apparaissent comme l'une des voies les plus prometteuses permettant de créer des conditions optimales pour mieux comprendre les besoins des patients et les encadrer de manière efficace. Cela suppose un effort de décloisonnement de tous les acteurs et de toutes les disciplines, ceci sans perdre de vue que la destination finale de ces réflexions, c'est le patient, c'est-à-dire chacun d'entre nous tôt ou tard.

A cet effet, il convient de créer des conditions pour que les assureurs et les médecins collaborent étroitement à l'achat de prestations, qu'ils disposent d'une liberté de manœuvre dans le domaine de la négociation d'accords au titre de la LAMal et de la loi sur l'assurance accidents, qu'ils veillent à simplifier les processus administratifs, qu'ils collaborent étroitement au suivi thérapeutique des patients pour les cas lourds et les malades chroniques. Il s'agit de promouvoir les modèles alternatifs d'assurances dans le cadre de réseaux de soins, les systèmes de médecins de famille, les cabinets de groupe, les cercles de qualité ou les systèmes de forfaits en veillant à un partage adéquat des responsabilités financières. Il faudra enfin veiller à un usage systématique des génériques et à la manière d'utiliser les médicaments, notamment par la généralisation des cercles de qualité entre médecins, pharmaciens et assureurs. C'est dans cet esprit que le Groupe Mutuel a développé, depuis l'année 2000, son département «Managed Care» qui regroupe quatre secteurs d'activité: achat de prestations, médecine, modèles alternatifs d'assurances et la pharma-économie.

L'énoncé de ces mesures le prouve: les principales causes de la hausse des coûts sont connues. Bon nombre de remèdes existent. En les mettant en œuvre, nous n'infléchirons pas la courbe des coûts vers le bas. Notre ambition, c'est de les rendre supportables et de faire en sorte que, à la satisfaction entourant la qualité des services dispensés, s'ajoute celle d'un prix à payer qui soit raisonnable et juste. Et ça, ce n'est pas l'affaire de l'Etat, c'est celle des acteurs du terrain, à qui il faut donner les moyens d'agir plus librement entre eux, plutôt que sous l'effet de la contrainte.