Le blocage est profond. Toute la diplomatie du médiateur Jean-Luc Nordmann, vantée par les deux parties, est restée vaine. Mardi soir, à la veille d'une grève prévue sur le chantier du tunnel du Gothard (Sedrun), les positions des syndicats et de la société suisse des entrepreneurs (SSE) étaient inconciliables.

Werner Messmer, président de la SSE, laissait clairement entendre que si la grève avait lieu, reprendre la médiation, vendredi comme prévu, n'aurait aucun sens. «Nous exigeons un climat de discussion positif. Cette condition n'est pas remplie dans un contexte de grève», explique Daniel Lehmann, directeur de la SSE. Les syndicats Unia et Syna estiment qu'invoquer la grève à Sedrun pour cesser toute discussion est une manœuvre dilatoire. «Ce mouvement de protestation n'a rien à voir avec le dossier de la convention collective, souligne Nico Lutz, porte-parole d'Unia. Il concerne des indemnités de repas qu'Implenia verse à ses ouvriers sur le chantier de Faido mais pas à Sedrun.» Du côté syndical, on accuse Werner Messmer de saisir le prétexte du préavis de grève, très particulier, de Sedrun pour éviter d'entrer en matière sur des «pistes intéressantes» formulées jeudi dernier par Jean-Luc Nordmann. «Jeudi soir, j'étais très optimiste. Une solution était en vue dans le domaine des horaires de travail», confie un négociateur.

Le litige, qui a conduit au vide conventionnel touchant 80000 personnes, repose toujours sur les mêmes points: la flexibilisation des horaires de travail et les augmentations de salaire. Les patrons offrent entre 1,3 et 2,7% selon les méthodes de calcul contestées, alors que les syndicats exigent 3%. Ce volet de la négociation n'a pas été franchement abordé. Par contre, dans le domaine de la flexibilité des horaires, un accord était rapidement envisageable. Werner Messmer exigeait, au départ, une flexibilité de 180 heures par an, soit les 100 heures supplémentaires prévues par la convention collective, et 80 heures «négatives», à récupérer en hiver. Les syndicats, qui refusaient au départ les heures «négatives», ont proposé 32,5 heures «négatives», et Jean-Luc Nordmann a cherché le compromis à 48,6 heures.

Brusque refus

Vendredi dernier, soit le lendemain de cette «avancée», Werner Messmer a refusé d'entrer en matière sur ces propositions, en évoquant la rupture du rapport de confiance à cause du préavis de grève à Sedrun. Les syndicats ont alors accusé la SSE de briser le processus de médiation et de «jouer la montre» afin de repousser toute hausse de salaire. «La flexibilité des horaires de travail, acceptée par les syndicats, est plus grande dans la construction que dans l'industrie des machines», rappelle Nico Lutz. Jean-Luc Nordmann, ancien directeur au Seco, n'est pas au bout de ses peines.