En choisissant BlackRock Investment Management, une filiale du fonds d'investissement, pour réaliser une étude sur la prise en compte des facteurs sociaux et environnementaux dans la supervision bancaire, l'exécutif européen aurait «dû faire preuve de bien davantage de rigueur», a critiqué la médiatrice Emily O'Reill, dont le rôle et d'enquêter sur les cas de mauvaise administration au sein des institutions de l'Union européenne.

«Il existe des inquiétudes légitimes autour du risque de conflits d'intérêts […], l'entreprise ayant manifestement un intérêt dans le développement des futures réglementations de l'UE qui auront un impact direct pour elle et ses clients», souligne-t-elle dans sa décision consultée par l'AFP.

Améliorer les lignes directrices encadrant les appels d'offres

BlackRock, société gérant quelque 7 300 milliards de dollars et qui est notamment l'actionnaire de géants pétroliers, entend devenir un leader dans les investissements durables et responsables. En proposant «une offre moitié moins chère que la valeur maximale estimée», BlackRock «optimisait ses chances de décrocher le contrat. Et le remporter pouvait lui permettre de se faire une idée [des futures réglementations] et d'exercer une influence sur un segment d'investissement en plein essor», observe-t-elle.

Le contrat européen a été attribué pour un montant de 280 000 euros, avait indiqué en avril un porte-parole de la Commission, assurant que «la meilleure offre» avait été choisie. Emily O'Reilly juge «fort contestable» que la séparation nette établie entre la réalisation de l'étude et les activités d'investissement du groupe puisse tempérer le risque de conflit d'intérêts. Elle demande donc à la Commission d'améliorer ses lignes directrices encadrant les appels d'offres et d'envisager une révision de son règlement financier pour prévenir de telles situations.

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Nombreuses plaintes d'eurodéputés

Le rapport «n'a pas identifié d'acte de mauvaise administration […] et confirme que nous avons appliqué les règles entièrement et équitablement», a réagi jeudi auprès de l'AFP un porte-parole de la Commission, ajoutant que l'institution examinerait les proposition de la médiatrice. L'équipe de BlackRock, auteur de l'étude, «s'engage à fournir un service aux plus hauts standards, avec le meilleur rapport qualité-prix» et «la Commission a déjà indiqué publiquement que la qualité technique de la proposition avait été le critère déterminant» pour son choix, s'est défendu le géant financier, interrogé par l'AFP, sans répondre toutefois sur le risque de conflit d'intérêts.

Emily O'Reilly avait ouvert une enquête après plusieurs plaintes dénonçant un «manquement à l'obligation de traiter correctement les questions de conflit d'intérêts». Plus de 80 eurodéputés s'étaient inquiétés mi-avril de cette situation dans une question écrite à l'exécutif européen.


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