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Sonova (ici son siège à Stäfa), dans les aides auditives, est l'un des leaders de la medtech suisse.
© Arnd Wiegmann/Reuters

L'invité

Les medtechs, une perle de l’économie suisse en péril?

Les entreprises medtech suisses, qui emploient plus de 50 000 personnes, sont mises au pied du mur. PwC Suisse a établi trois scénarios sur les conséquences que pourraient avoir leurs réactions

La Suisse compte parmi les principaux sites mondiaux de l’industrie de la technologie médicale (medtech). Après des années de prospérité, la réglementation et les exigences de qualité accrues de la clientèle ont fait pression sur les marges, ce qui pourrait bien entraîner une forte vague de regroupements, un déficit d’innovation sur les marchés de niche et une couverture médicale multiclasses. Les coopérations et une innovation constante seront décisives pour les entreprises medtech suisses.

La Silicon Valley de l’Europe

Il n’est guère de pays qui, comme la Suisse, accorde une telle place à l’industrie de la technologie médicale (medtech). Quelque 1350 entreprises suisses employant plus de 50 000 personnes ont réalisé en 2015 un chiffre d’affaires de 14,1 milliards de francs (soit 2,2% du PIB). La Suisse présente ainsi l’une des plus fortes densités de sociétés medtech au monde.

Dans cette branche, l’innovation est un facteur-clé de croissance durable. C’est en Suisse que sont déclarés le plus de brevets par habitant, ce qui explique la croissance constante de 6% par an de cette industrie dans ce pays.

Le volume des exportations atteint 10,6 milliards de francs (4% du total) et s’est maintenu à ce niveau en dépit de la réévaluation du franc. De plus, la branche medtech suisse détient, à 5,6 milliards de francs, le troisième excédent commercial d’Europe, en chiffres absolus s’entend.

La compétitivité sous pression

Une réglementation renforcée à l’échelle européenne (MDR, IVDTR), un nombre croissant de parties prenantes (watch dogs, ou cerbères) et les exigences de qualité accrues de la clientèle (médecins et cliniques) pèsent de plus en plus sur le marché. S’ensuit une pression sur les marges générée par des coûts de compliance, de développement et de production en hausse, autant de défis lancés en particulier aux PME dans un contexte où trois entreprises medtech suisses sur quatre emploient moins de 50 personnes.

Lire aussi: Symetis veut lever 60 millions de francs sur Euronext

Un autre problème réside dans le transfert de la pression sur les charges qui pèse sur les clients (médecins, cliniques) suite à la pression générale sur les coûts dans le domaine de la santé. Cela entraîne souvent une concurrence purement axée sur les coûts, dans laquelle les entreprises high-tech suisses sont perdantes face aux «casseurs de prix» asiatiques.

Vague de regroupements, déficit d’innovation ou couverture multiclasses?

Les entreprises medtech suisses sont mises au pied du mur. PwC Suisse a établi trois scénarios sur les conséquences que pourraient avoir leurs réactions, sachant qu’il est concevable que plusieurs de ces scénarios se produisent.

Scénario 1:

Les PME ne seront plus à même d’enrayer la hausse de leurs coûts opérationnels, d’où une vague de regroupements. Les entreprises qui n’atteignent pas la taille critique vont disparaître du marché ou opter pour une réorientation stratégique. Seules quelques grandes entreprises se maintiendront.

Scénario 2:

L’attitude face à l’innovation sera largement influencée par la hausse des coûts opérationnels. D’une part, les entraves à l’accès au marché vont augmenter au détriment des start-up dont le nombre ira en diminuant faute de financement. D’autre part, les entreprises en place disposeront de moins de ressources financières pour la recherche. Il en résultera un fort déficit de vraie innovation sur les marchés de niche.

Scénario 3:

La pression accrue sur les marges va se traduire par une couverture médicale multiclasses, en clair: à plusieurs vitesses. Seules quelques rares entreprises auront à cœur de préserver les marges élevées qu’elles tirent de leurs activités en cours. Par conséquent, elles concentreront leur attention sur des solutions high-tech taillées sur mesure pour des patients dotés d’une solide capacité financière. D’autres entreprises, au contraire, privilégieront le marché de masse low-tech et donc de faibles marges.

Savoir saisir les opportunités du changement

Pour que les PME actives dans le domaine de la technologie médicale puissent se maintenir sur le marché, elles se doivent se saisir de façon proactive des opportunités que leur offre la mutation en marche. Selon PwC Suisse, elles disposent à cette fin de différents leviers.

Les entreprises medtech peuvent exploiter des partenariats avec des prestataires implantés le long de la chaîne de valeur (des médecins ou des hôpitaux, par ex.) ou issus d’autres secteurs industriels afin de trouver ensemble, plus vite et de façon plus efficace, des solutions nouvelles pour répondre aux exigences croissantes des clients. D’où un lien étroit avec le sujet de la numérisation. En misant sur des produits (à «intelligence intégrée») et des processus (industrie 4.0) innovants, ces entreprises sauront se procurer l’avantage du précurseur et même, par une spécialisation plus poussée du style innovation hub, se démarquer de la masse. Pour résumer, disons que la coopération et l’innovation seront demain la clé de la réussite pour les sociétés medtech suisses.


Source: étude de branche SMTI, Swiss Medtech 2016, PwC

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