Si elle devait se confirmer, ce serait la fusion de l’année. Le record semblait être établi par l’alliance entre les deux principaux géants de la bière, SABMiller et AB InBev, pour 104 milliards de dollars (102 milliards de francs). Depuis jeudi, une nouvelle opération, le rachat de l’américain Allergan (fabricant du Botox) par son compatriote Pfizer (fabricant du Viagra), est en passe de devenir le standard de l’année. Allergan pèse aujourd’hui 119 milliards de dollars et Pfizer devra sans doute débourser davantage pour s’emparer de sa proie.

Cette alliance aurait-elle des conséquences pour Novartis et Roche? En termes de valorisation, le nouveau groupe pèserait 330 milliards de dollars en bourse, soit davantage que Johnson & Johnson (278 milliards de dollars), mais aussi que Novartis (243 milliards de dollars) et Roche (233 milliards de dollars). S’ils se feront dépasser en termes de valeur, les deux groupes suisses ne seront en parallèle pas affectés en terme concurrentiel. «Allergan et les deux sociétés suisses possèdent des portefeuilles de produits différents», note Chi Tran-Brändli, analyste chez J. Safra Sarasin. Un observateur attentif du marché partage cette opinion: «A priori, il n’y aura pas d’effets sur les pharmas suisses, car elles ne sont pas sur les mêmes marchés que leurs concurrentes américaines. Il pourrait tout de même avoir un petit effet sur Novartis, car Allergan a une petite division en ophtalmologie et Alcon, division de Novartis, a déjà plusieurs problèmes. Cela renforcera peut-être le plan de restructuration d’Alcon annoncé pour janvier prochain. Par contre, les génériques d’Allergan ont déjà été vendus à Teva, qui est un concurrent de Sandoz (une division de Novartis). Et cela a déjà été intégré par le marché.» En effet, à la bourse suisse, les actions de Roche (+0,2%) et de Novartis (+0,6%) ont progressé jeudi, jour de l’annonce du projet de fusion, alors que l’indice SMI gagnait 0,28%.

Une histoire de taxes

L’analyste de J. Safra Sarasin poursuivait dans une note: «A part GlaxoSmithKline, nous estimons qu’Allergan est la seule entreprise pharmaceutique britannique assez grande pour permettre une opération de «tax inversion» qui permettrait de remplir les nouvelles conditions émises par le Département américain au Trésor à propos de ce type d’opérations. Et cela sans que Pfizer ne paie un prix exorbitant.» Chi Tran-Brändli fait référence à ce qui est vu comme la motivation principale de Pfizer, allant au-delà de synergies opérationnelles: Allergan a beau être considérée comme une entreprise américaine, son siège est basé en Irlande, où l’imposition des bénéfices est sensiblement inférieure à ce qui se fait aux Etats-Unis.

L’année passée, Pfizer a été imposé à hauteur de 25,5%. Cette année, selon les calculs du Wall Street Journal, Allergan sera taxé à un taux d’environ 15%. «Nous sommes fortement désavantagés par la fiscalité américaine», a déclaré Ian Read, directeur de Pfizer, lors d’un événement organisé par le Wall Street Journal. «Nous nous battons face aux entreprises étrangères avec une main attachée dans le dos», a-t-il ajouté. C’est en grande partie pour des raisons fiscales que Pfizer avait tenté, en 2014, de mettre la main sur le britannique AstraZeneca pour 117 milliards de dollars, sans succès, sa proie ayant refusé l’opération. Aux Etats-Unis, les candidats à l’investiture républicaine martèlent ces jours leur attachement à rendre la fiscalité américaine plus douce pour les multinationales, afin d’éviter de voir leurs sièges quitter le pays.