Michael Dell est de retour. L’homme qui avait disparu des radars depuis l’automne 2013 s’est offert lundi un coup d’éclat en déposant sur la table 67 milliards de dollars, soit 64,4 milliards de francs, pour s’offrir le spécialiste du stockage de données EMC. La plus grande transaction de l’histoire de l’informatique touchera de près la Suisse, où les deux sociétés comptent plusieurs centaines d’employés.

L’affaire avait fuité en fin de semaine dernière. L’histoire s’est ensuite accélérée pour une annonce officielle lundi après-midi. L’affaire a été négociée directement par Michael Dell et Joe Tucci, directeur d’EMC. Avec ce rachat, Dell veut mieux se profiler sur le marché du cloud computing (informatique en nuage), dans lequel EMC est actif via une filiale. Le fondateur de Dell, qui avait rassemblé, en automne 2013, 25 milliards de dollars pour sortir sa société de la bourse, a créé un nouveau montage financier. Cette fois, il devrait lever 40 milliards de dollars et même vendre certains actifs pour se payer EMC. Dell, qui profite de taux d’emprunt bas, a déjà une dette de plus de 11 milliards de dollars.

Environ 170 employés de Dell à Genève

EMC s’est donné 60 jours pour céder à une offre plus alléchante. Mais pour une majorité d’analystes, l’affaire se conclura avec Dell. Et ce rachat aura un impact sur la Suisse. EMC affirmait lundi compter plus de 200 employés dans le pays. Une cinquantaine se trouverait en Suisse romande. Quant à Dell, qui possède son siège national à l’aéroport de Genève, il possédait environ 250 employés en Suisse il y a un an, dont environ 170 dans la cité du bout du lac. «En Suisse comme ailleurs dans le monde, il est certain qu’il y aura des pertes d’emplois dues à des activités redondantes», estime Rodolphe Koller, rédacteur en chef du magazine suisse spécialisé ICTjournal. Au niveau mondial, EMC compte 70’000 employés, Dell un peu moins de 100’000.

Spécialiste de l’informatique commerciale, Rodolphe Koller est dubitatif face à ce rachat. «Le marché bouge beaucoup au niveau mondial, le cloud computing est une tendance massive et tout le monde veut suivre. Les équipements comptent de moins en moins car tout devient virtuel. Or tant Dell, avec les serveurs, que EMC, avec ses solutions de stockage, ne sont pas des spécialistes du cloud». Dell est encore numéro trois mondial du marché déclinant des PCs. Et EMC fournit des solutions de stockage aux entreprises. «IBM, en vendant sa division PC à Lenovo en 2005 déjà, puis sa division serveurs en 2014, avait très bien anticipé cette évolution. De plus en plus, les entreprises confient leur informatique à Microsoft ou IBM, voire à Amazon ou Google. Elles sont de moins en moins nombreuses à vouloir stocker leurs données dans leur propre système informatique.»

Pas forcément perdant

Mais le pari tenté par Dell n’est pas forcément perdant, estime Rodolphe Koller: «EMC possède VMWare, spécialisé dans les logiciels de virtualisation pour permettre aux entreprises de passer au cloud computing. Cela pourrait être un atout pour Dell.» Selon plusieurs analystes, jusqu’à 80% de la valeur d’EMC serait due à VMWare.

Le pari tenté par Michael Dell a beau être le plus spectaculaire, il n’est pas le seul. Depuis deux ans, estime «Forbes», l’homme a dépensé 18 milliards de dollars dans des acquisitions pour positionner sa société dans l’informatique en nuages. HP, son rival depuis des années, tente lui aussi de se sauver: début octobre, il décidait de se scinder en deux, séparant l’activité PC et imprimante de celle de services aux entreprises. EMC, lui, souffre: ses affaires devraient croître de 2% cette année, alors que le marché du cloud va progresser de 30%.