STRATEGIE

Les «méga-cap» américaines négligées à tort par les investisseurs

Selon la société de gestion Legg Mason, les poids lourds de Wall Street sont les mieux placés pour bénéficier d'un retournement sur les matières premières et les pays émergents.

Legg Mason, devenu cinquième gestionnaire aux Etats-Unis avec l'acquisition en décembre des activités de gestion de Citigroup, n'a pas l'ombre d'un doute. Le pari du moment, celui qui se révélera le plus rentable à un horizon de cinq ans, est d'acheter les grosses capitalisations de Wall Street. Ce credo, audacieux à l'heure où les investisseurs négligent en masse les Etats-Unis pour les matières premières et les pays émergents, a été défendu mardi à Londres lors d'une conférence à laquelle Le Temps était invité.

Bill Miller, gérant vedette de Legg Mason (850 millions de dollars sous gestion), a réaffirmé qu'il n'avait pas misé et ne miserait pas un dollar de son fonds, Value Trust, le seul à avoir battu le S & P 500 chaque année depuis quinze ans, sur les matières premières. Quand bien même le marché lui donne tort aujourd'hui. Selon lui, les unes de la presse prophétisant une poursuite de l'envolée des prix, et l'engouement des conseillers en investissement qui en font l'instrument de diversification par excellence, sont autant de phénomènes évocateurs de la folie technologique et télécoms du printemps 2000. Et de railler: «En achetant le cuivre, dont les cours ont quadruplé en quatre ans, la question n'est pas de savoir si vous allez perdre de l'argent mais quand vous allez en perdre!»

L'énorme potentiel internet

«Des tombereaux de liquidités à l'affût de rendement se sont déversés sur les marchés émergents et l'énergie. Le jour où les investisseurs changeront d'avis, en réalisant que la croissance des profits des pétrolières n'est plus aussi forte, le retournement sera violent et favorable aux grosses capitalisations», appuie Robert Hagstrom, gérant du Legg Mason Growth Fund. «Depuis son point bas de septembre 2002, le S & P 500 a gagné plus de 60% et n'est qu'à 17% de son plus haut historique», poursuit-il. «Mais l'indice équipondéré (ndlr: sans tenir compte des capitalisations) a déjà dépassé son record de 30%». Preuve de l'inertie relative des «blue chips» au regard des petites capitalisations, autre cible appréciée des chasseurs de rendement.

Or, la fin du cycle de resserrement monétaire qui s'annonce préfigure un environnement idéal pour les poids lourds de la cote, selon Robert Hagstrom. Consommateur américain, déficit du compte courant, dollar... il réfute toute «inquiétude en matière économique». Reste la crainte d'événements «faiblement probables mais aux conséquences graves», telles une épidémie de grippe aviaire ou une initiative «stupide» de l'Iran, «contre lesquelles on ne peut de pas vraiment se préparer». Mary Chris Gay, collaboratrice de Bill Miller, enrichit la liste des arguments favorables: santé des bilans, fièvre des fusions-acquisitions, profits record et supérieurs aux attentes. Selon Thomson Financial, les bénéfices des sociétés du S & P 500 ont progressé de 12,6% au premier trimestre, le onzième d'affilée à afficher une croissance à deux chiffres, ce qui ne s'est vu qu'une fois depuis 1950. «Il existe une forte corrélation entre les bénéfices et la Bourse. Cela n'a pas été le cas l'année dernière, les valorisations sont comprimées et le potentiel de rattrapage des méga-cap est énorme», affirme-t-elle.

Plus qu'aucun autre secteur, les champions d'Internet ont les faveurs de Legg Mason. «Il est difficile de penser à un secteur jouissant d'un potentiel aussi phénoménal», s'exalte Bill Miller. «Ils conserveront leur avantage compétitif pendant plus de temps que ne peuvent l'imaginer les investisseurs.» «Dans dix ans, Amazon.com vaudra 80 milliards de dollars», renchérit Robert Hagstrom. Idem pour les moteurs de recherche Yahoo!, Google ou Microsoft. «La probabilité que ces véritables média-centers soient concurrencés par un nouveau moteur, est infime. Cela rappelle les débuts de la télévision lorsque ABC, CBS et NBC régnaient sans partage. Et pourtant, les attentes des investisseurs restent faibles.» Autre pari original de Bill Miller: Kodak. «La société a réussi son passage au numérique et dispose des meilleures solutions d'impression. Une fois achevé son effort de restructuration, fin 2007, elle vaudra le double de son prix actuel.»

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