L'une des plus grandes fusions jamais réalisées en Espagne pourrait bien ne jamais voir le jour. Le mariage annoncé en octobre dernier entre les deux leaders du secteur électrique, Endesa et Iberdrola – à eux seuls, ils concentrent 80% du marché national – , vient en effet de connaître un coup de frein qui pourrait bien être fatal. Le Tribunal de Défense de la Concurrence (TDC), organisme qui dépend du Ministère de l'économie, a fait connaître sa forte réprobation. Et imposé des conditions drastiques peu réalisables. Certes, les conclusions du TDC sont d'ordre consultatif, mais elles devraient fortement influencer le gouvernement espagnol, censé apporter une réponse définitive avant le 9 février prochain.

Dans l'attente du verdict final, les dirigeants d'Endesa et d'Iberdrola se montrent moins triomphants qu'à l'automne, lorsque la naissance d'un nouveau géant électrique appelé à jouer dans la cour des grands en Europe paraissait inévitable. Au nom de la concurrence, le TDC a en effet plafonné la production de la fusion à 35% de parts de marché, et sa distribution à 41%, – contre 45 et 62% respectivement désirées par les deux acteurs. Si ces conditions s'imposaient, le groupe ne dépasserait pas en taille la seule Endesa, telle qu'elle existe aujourd'hui. Selon un spécialiste, «une telle fusion n'aurait aucun sens, si, à l'arrivée, on aboutit à la même part de marché». D'autant que le TDC a aussi des exigences sur la vente des actifs d'Endesa et d'Iberdrola, indispensable pour interdire le monopole.

«Brader les actifs»

C'est la partie la plus délicate, car le montant total atteindrait 30 milliards de francs, un record en Espagne. Le TDC propose de procéder à cette vente par les enchères, une option fortement rejetée par Endesa et Iberdrola, lesquels estiment que cela reviendrait «à brader leurs actifs» et à en «tirer un bénéfice moindre». Reste aujourd'hui au gouvernement espagnol à trancher. Mais on peut parier qu'il ira dans le sens des conditions drastiques avancées par le TDC. En raison, d'une part, des desiderata de Bruxelles, très à cheval sur le respect de la concurrence; mais aussi, on peut l'imaginer, des conclusions qu'il peut tirer sur les dangers d'une hyper-libéralisation du marché électrique, comme le montrent ces jours-ci les coupures d'électricité réitérées en Californie.