Prévisions

Le meilleur spécialiste suisse de l’inflation n’attend pas de normalisation des taux

Marc Brütsch, chef économiste auprès de Swiss Life, récompensé pour ses prévisions, prévoit des taux négatifs jusqu’en 2019 et une moindre croissance en Suisse

«Je ne crois guère à une réelle normalisation des taux d’intérêt et à l’abandon des politiques non conventionnelles en Europe. La Banque nationale suisse devrait maintenir ses taux négatifs jusqu’en 2019, et les rendements des obligations à 10 ans de la Confédération ne dépasseront guère 0% à la fin 2017 (–0,13% actuellement)», affirme Marc Brütsch, chef économiste de Swiss Life depuis mars 2000. Récompensé pour la justesse de ses prévisions macroéconomiques par le Forecast Accuracy Award 2015 décerné par l’entreprise Consensus Economics, à Londres, l’économiste schaffhousois est toujours au premier rang des meilleures prévisions d’inflation suisse de Bloomberg pour la période des deux dernières années.

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Marc Brütsch explique sa passion pour les données sur les indicateurs avancés d’inflation et sur l’immobilier et ses écarts avec le consensus. Moins sur l’inflation que sur les taux d’intérêt et le produit intérieur brut (PIB). L’inflation vient, à son avis, d’atteindre son sommet et devrait maintenant décliner dans les principales économies (0,6% en Suisse cette année et 0,5% en 2018).

Une reprise sans création d’emplois

«La reprise économique ne crée guère de nouveaux emplois», observe-t-il. Aux Etats-Unis, le marché du travail est dynamique, mais les salaires et les prix sont stables. De plus, les prix de l’énergie sont tombés à leur plus bas de l’année. Malgré les avantages que confère une croissance synchrone des principales régions économiques mondiales, Marc Brütsch ne prévoit qu’une hausse de 1,1% du PIB suisse en 2017, alors que le consensus des économistes s’attend à une hausse de 1,4%. La dynamique intérieure est morose. Il en veut pour preuve la chute des ventes de voitures et «la discontinuité des principaux moteurs de croissance que sont l’immigration, la dynamique des taux d’intérêt ainsi que le manque d’impact de la baisse des prix à l’importation sur la demande de biens durables et de logements».

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Son dernier rapport mensuel surprend par la fréquence de l’emploi du mot «répression financière», un terme qui décrit les pratiques employées par un Etat pour réduire son endettement, à commencer par des taux d’intérêt nominaux extrêmement bas. Il est vrai que l’endettement s’est encore accru depuis l’éclatement de la crise financière. «La BCE sera moins pressée d’agir pour normaliser ses taux du fait que le pic de l’inflation est maintenant passé», affirme l’économiste. Quant à la Fed, il attend une normalisation très graduelle des taux directeurs.

L’euro restera autour de 1,09 franc

Marc Brütsch se distingue des commentateurs qui ont anticipé une hausse des rendements obligataires dans le sillage de l’élection de Donald Trump. «Nous n’avons jamais pensé que les paris des marchés sur la relance pouvaient annoncer une vente massive d’emprunts d’Etat», indique-t-il. Les rendements obligataires ne devraient certes pas baisser davantage, mais la hausse future promet d’être très modeste.

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Sur les monnaies, Marc Brütsch ne croit pas à une baisse marquée du franc suisse par rapport à l’euro mais à une stabilité autour de 1,09 franc pour un euro. La tendance de la monnaie unique dépendra essentiellement de la capacité de la zone euro à réduire son endettement, se dit-il convaincu. Il est trop tôt, à son avis, pour s’attendre à voir la BCE sortir de sa politique non conventionnelle. L’incertitude est très élevée à l’égard de l’Italie à la veille des élections au parlement. De nombreuses voix plaident dans la Péninsule pour une sortie de la zone euro. Mais après sa récente hausse, en relation avec les résultats des élections françaises, l’euro devrait s’affaiblir par rapport au dollar.

Sur les actions, en forte hausse depuis le début de l’année, Marc Brütsch s’attend à une correction mais, faute d’alternative crédible, il ne prévoit pas une baisse sensible des cours. L’économiste partage toutefois l’idée d’un «excès de confiance des investisseurs» à l’égard des actions.

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