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Les meilleures idées des experts du comportement

Vendre l’immobilier suisse, acheter un fonds en actions chinoises? De Thorsten Hens aux gérants de Fidelity, les spécialistes de la finance comportementale présentent leurs choix. Sur un marché baissier, mieux vaut un gérant féminin

Les bourses, après une longue et forte hausse, prennent peur. Tout le monde ne parle que de fin de cycle. Les émotions perturbent les prises de décision des investisseurs. Le choix stratégique n’est pas aisé.

«Une bonne piste pourrait être de se pencher sur le genre et de privilégier le choix d’une gérante», suggère Thorsten Hens, professeur au Swiss Finance Institute. Lui-même pense que s’il y avait une décision à prendre aujourd’hui, ce serait de vendre l’immobilier suisse, déclare le plus réputé des experts helvétiques en finance comportementale, lors d’une table ronde organisée par Fidelity International, jeudi soir, à Zurich. Après un doublement des prix immobiliers en dix ans, les perspectives se détériorent sur ce segment, d’autant que l’immigration devrait faiblir, argumente-t-il.

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Une question de testostérone

Mais pourquoi le genre? «Les gérants masculins ont tendance à être plus performants pendant une hausse», observe Thorsten Hens, s’appuyant sur les recherches académiques en la matière. C’est une question de testostérone. «L’hormone des héros, des brutes et des amants», pour reprendre William Dabbs, de l’Université de Georgie, se retrouve avec une concentration huit à dix fois supérieure chez l’homme que chez la femme, selon le magazine Cerveau et Psycho. Sa présence en grand nombre accroît la confiance en soi, parfois de façon démesurée, et incite à la prise de risque. Une gérante est plus équilibrée dans son approche de l’investissement, selon Thorsten Hens. En partie en raison de ses hormones, son rendement sera probablement supérieur sur des marchés difficiles ou baissiers.

Les fonds de placement sont gérés en équipe et non pas par un seul homme ou une seule femme. Mais il est important de considérer la composition de l’équipe et d’y faire figurer les deux genres, des seniors, qui ont l’avantage d’avoir traversé plusieurs crises, et des jeunes, davantage victimes de leur enthousiasme, explique Barney Rowe. Ce dernier, astrophysicien et ancien de la NASA, travaille au sein du programme Behavioural Insights Project de Fidelity International. Ce dernier est par ailleurs dirigé par une femme, Abigail Johnson, et 20% des gérants sont des gérantes. Son but est d’améliorer la prise en compte de la finance comportementale dans les équipes de gérants du leader des fonds de placement actifs. Ce data scientist ne veut pas supprimer les émotions, insiste-t-il.

Les actions chinoises

Il est vrai qu’il existe 800 biais comportementaux déjà identifiés, révèle Thorsten Hens. L’important ne consiste pas à les supprimer, mais à les comprendre et à les apprivoiser. La finance ne se résume pas à un programme mathématique, observe le professeur zurichois. L’investisseur doit utiliser aussi bien les données que les émotions.

Les fonds de placement actifs ont souffert ces dernières années. Une petite minorité présente un meilleur rendement que les indices et les fonds passifs. Le professeur pense que, après dix années favorables à la gestion passive, les fonds actifs entament un cycle plus favorable. La tendance haussière profite davantage aux ETF qu’aux fonds passifs, indique-t-il.

«La meilleure idée de fonds actif pour ces prochaines années, c’est un fonds en actions chinoises», propose Stefan Hirter, responsable des ventes auprès de Fidelity en Suisse et persuadé par les perspectives économiques à long terme de l’Empire du Milieu et de toute la région asiatique.

Non seulement les individus, privés ou professionnels, sont soumis à des biais comportementaux, mais aussi les organisations, y compris Fidelity avec ses 400 professionnels de l’investissement, avance Barney Rowe. Le système d’incitation d’un groupe financier peut l’empêcher de maximiser le rendement. Un gérant de fonds qui présente un rendement très supérieur à ses pairs est par exemple incité à rapprocher son portefeuille de celui de l’indice pour capter sa surperformance. Cette tentative risque pourtant de lui coûter sa place. Les analystes de fonds s’aperçoivent tôt ou tard d’un tel changement.

Encourager le doute

Barney Rowe cherche surtout à accroître la curiosité des stars de la gestion de fonds. Un analyste convaincu des mérites d’un titre lui donne un excellent rating et «vend» son idée et son argumentation. Il s’identifie avec son message. L’organisation doit l’amener à se remettre en question et à vérifier fréquemment son point de vue (update). Le nouveau programme «comportemental» de Fidelity apporte des informations que le gérant pourrait exclure dans ses choix pour des raisons émotionnelles. «Absolument tous les scénarios doivent être intégrés dans sa prise de décision. Mon but est de susciter et d’encourager le doute», déclare-t-il.

Il arrive que les investisseurs, y compris des personnes très fortunées, ne veuillent rien entendre à des arguments (vieillissement démographique, réduction de l’immigration) et des données extrêmement solides, avance Gabriel Layes, spécialiste de la finance comportementale auprès de l’Institut für Vermögensaufbau, à Munich. Actuellement, il constate une tendance à ignorer le risque d’une baisse des prix immobiliers en Allemagne.

Un propriétaire de cinq maisons préfère en acheter une supplémentaire plutôt que de diversifier. Il refuse de prêter l’oreille à nos arguments, révèle-t-il. C’est la même erreur qui avait été commise en 2008 à l’égard du pétrole, se rappelle-t-il. A cette époque, le baril se traitait à 150 dollars le baril. La seule question que se posaient les professionnels consistait à savoir s’il franchirait la barre des 200 dollars à la fin de l’année ou seulement l’année suivante. Finalement, en décembre, l’or noir ne valait plus que 30 dollars. L’investisseur est fréquemment victime du biais «moutonnier». Persuadé que les gains passés vont se poursuivre éternellement, il refuse de réévaluer régulièrement ses convictions. Sans surprise, lorsqu’on demande à Gabriel Layes quel est le meilleur placement aujourd’hui, il déclare qu’il faut vendre l’immobilier en Allemagne.

L’investisseur professionnel est également soumis à d’innombrables biais. Les incitations financières des gérants sont définies en fonction du rendement du fonds et de la fortune sous gestion. Ce système n’est pas sans créer d’autres biais, selon Thorsten Hens.

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