Confiance en soi, courage, obstination, bon réseau et discipline: telles sont les qualités qu’il faut pour bâtir une carrière. Julia von Ah les a toutes. Elle a fondé il y a dix ans le cabinet de fiscalistes Von Ah & Partner. Cette année, elle se voit décerner la distinction de numéro un parmi les «Meilleurs experts fiscaux et fiduciaires de Suisse». Sept femmes forment l’entier de l’effectif de Von Ah & Partner. «Ce n’était ni une stratégie ni un objectif, nuance-t-elle, ça s’est simplement fait comme cela.» Dans la branche, c’est plutôt atypique. Même si les femmes sont une majorité dans le conseil juridique et fiscal de beaucoup d’entreprises, on y trouve autant de dirigeantes que d’aiguilles dans une botte de foin.


Le nombre de cravates sur les photos des équipes dirigeantes, des conseils d’administration et même des cadres de département ou de région ne reflète pas encore les efforts déployés par les entreprises pour promouvoir les femmes à l’égal des hommes. «Voilà près de vingt ans que l’on débat de la promotion des femmes», remarque Britta Rehfisch, directrice chez Altorfer, Duss & Beilstein (ABD) à Zurich, également numéro un des experts fiscaux mais dans une autre catégorie. «En dépit des efforts consentis, on perd pas mal d’expertes en cours de carrière», observe celle qui a travaillé longtemps chez l’un des «Big Four», ainsi que l’on surnomme Deloitte, EY, KPMG et PwC dans le milieu.


«Notre branche reste dans une certaine mesure responsable de cette étiquette de métier masculin, déplore Emre Özdemir, Managing Partner d’A&O Kreston. Mais comme il n’y a pas de raisons objectives à cela et que chacune et chacun peut réussir dans cette branche, nous nous efforçons sans relâche d’accroître la diversité dans notre entreprise. A&O emploie ainsi aujourd’hui plus de 53% de femmes, une tendance à la hausse.» Les processus de changement nécessaires dans les modèles de travail sont déjà lancés dans les entreprises. «Il ne s’agit pas de se montrer incitatif à l’égard des femmes seulement, mais bien de faire en sorte de mieux concilier vie de famille et vie professionnelle», souligne Dieter Wirth, Managing Partner chez PricewaterhouseCoopers (PwC) Suisse. Parmi les grands, c’est PwC qui s’est à nouveau classé cette année au premier rang des meilleurs experts fiscaux et fiduciaires. Chez PwC, les collaborateurs se voient proposer des emplois à temps partiel, de l’aide pour la garderie des enfants, des congés maternité et paternité prolongés, un coaching pour les parents comme pour les cadres, des réseaux du genre Women@Work. Et il existe un programme spécial destiné à soutenir les femmes cadres.

Réseaux féminins professionnels 

Toutes les entreprises ne proposent pas un tel encouragement et, d’ailleurs, il ne suffit pas à toutes les femmes. C’est pourquoi un groupe d’expertes fiscales a fondé en 2017 le réseau WIN: Women in IFA (International Fiscal Association). «A notre première réunion déjà, nous avons vu arriver plus de femmes que nous en avions invitées», se rappelle Julia von Ah, l’initiatrice. Le besoin de se former et d’échanger régulièrement est grand. WIN compte désormais plus de 350 membres. Une fois tous les trois mois, des sujets professionnels et sociaux sont discutés. L’échange est important surtout pour les sujets informels, il suscite un intérêt nettement plus grand que les sujets spécialisés. «Comment franchir le plafond de verre? Quel marketing de ma propre personne dois-je faire et comment m’y prendre? Le but du réseau est d’amener davantage de femmes dans les panels internationaux du droit fiscal et de les rendre ainsi plus visibles.» L’étape suivante consiste à faire progresser encore davantage les femmes très qualifiées. Pour ce faire, il faut plus de modèles et de mentors. L’échange d’offres d’emploi au sein du réseau s’est aussi avéré un succès.


Le fait que les femmes demeurent sous-représentées aux étages directoriaux n’a rien à voir avec les contenus, pense Britta Rehfisch. Cette Allemande de Cologne est convaincue qu’une carrière d’experte fiscale est possible à temps partiel. «Qu’une conseillère soit absente l’après-midi à cause de son temps partiel ou parce qu’elle est en réunion clientèle ne fait aucune différence pour le mandataire.» D’ailleurs, le travail peut être aisément planifié, réparti et coordonné. Julia von Ah ne juge pas non plus compliqué d’être joignable par les clients. Mais elle voit un défi dans la forte dynamique de la branche. Pour demeurer à jour dans l’évolution de la législation et de la jurisprudence, on arrive vite à la limite, même avec un plein-temps. Pour les collaborateurs à temps partiel c’est une tâche très exigeante de toujours rester dans le coup. A temps partiel, il est en général plus difficile de se rendre visible – et de le rester – dans l’entreprise.


Les jeunes femmes désireuses de faire carrière dans les affaires fiscales doivent donc se chercher un employeur qui les encourage mais se montre aussi exigeant. Coopérer à des séminaires et des congrès, prendre la parole, publier dans des revues spécialisées: tout cela contribue à se rendre visible. «Les femmes doivent rechercher proactivement des défis à relever et ne pas attendre d’être sollicitées», conseille Britta Rehfisch, qui publie elle-même régulièrement sur des sujets tels que la TVA et se fait remarquer comme oratrice.

Jusqu’à un certain point, notre branche est responsable de cette étiquette de métier masculin

Emre Özdemir, A&O Kreston


Du côté des mandataires, Julia von Ah et Britta Rehfisch ont constaté ces dernières années que les femmes étaient toujours plus représentées. Tandis que, naguère, les clientèles étaient des femmes mariées fortunées, on voit de plus en plus des fondatrices, des femmes CEO ou CFO solliciter du conseil. Au sein des couples, les femmes assument plus souvent la responsabilité des questions fiscales, alors que c’était jadis de la compétence exclusive du mari. «Les clientes sont souvent ravies d’avoir une femme comme interlocutrice», constate Julia von Ah. Car dans un dialogue entre deux femmes, la crainte de ne pas être prise au sérieux est moindre. Alors que les hommes tendent plutôt à orienter le conseil fiscal sur le résultat, les clientes veulent des informations détaillées et accordent plus d’importance à la communication, assurent nos interlocutrices.


Crise sanitaire

L’irruption de la pandémie et les mesures limitatives qui lui sont liées ont placé conseillers fiscaux et fiduciaires face à des défis inédits. «L’efficacité nécessaire et la pression des coûts se sont accentuées», signale Emre Özdemir, chez A&O Kreston. Beaucoup de mandataires de taille moyenne ont souhaité une internalisation, alors que nombre de petits clients ont si bien réalisé les travaux préparatoires avant de s’adresser à nous que l’effort des conseillers fiscaux a nettement diminué. «Il va de soi que, l’année dernière, la demande s’est aussi un peu déplacée du côté des PME: nous avons reçu une masse de requêtes sur le travail à temps partiel et le droit du travail. Nous avons aidé d’autres clients pour les crédits liés au Covid-19 et pour obtenir des mesures pour cas de rigueur», illustre Marcel Rohrer, responsable du secteur fiduciaire chez BDO.


Mais au final les représentants de la branche voient dans cette crise une opportunité. Dieter Wirth, chez PwC, discerne par exemple un atout dans un dialogue décentralisé. «Nous pouvons nous adresser simultanément à plusieurs clients. Nous pouvons faire intervenir sans délai des spécialistes du monde entier. C’est efficace tout en restant personnel. Par ailleurs, nous avons accéléré la transformation numérique au gré de la crise», ajoute Marcel Rohrer, chez BDO. Il s’est avéré qu’une infrastructure IT moderne, le travail agile, un état d’esprit ouvert à l’e-business et la mise en place d’une plateforme clientèle centralisée étaient des facteurs de succès. Si l’on considère la crise sanitaire comme source d’inspiration pour innover, il en naît clairement des opportunités.


L’avenir

Des tendances lourdes telles que la pénurie de personnel spécialisé, la numérisation et l’intelligence artificielle posent également à la branche des experts fiscaux et des fiduciaires des défis inconnus jusqu’ici. «Actuellement, on va vers un monde qui interagit de plus en plus numériquement, avec de nouvelles formes de communication et plus de solutions de plateformes. Les documents sont par exemple partagés au lieu d’être envoyés à droite et à gauche et des équipes internationales travaillent simultanément sur le même document. La numérisation fait que les activités classiques sont toujours plus automatisées et s’avèrent plus efficaces», explique Marcel Rohrer, chez BDO. Mais une complexité accrue crée de nouveaux besoins de conseil chez le client. Et le plus grand défi est de trouver de nouvelles astuces pour séduire la main-d’œuvre spécialisée, la former et la préparer auxdits défis.


Côté droit fiscal, une dynamique élevée maintient aussi les conseillers en haleine. La réforme de la fiscalité des entreprises est entrée en vigueur au début de l’année, de sorte que beaucoup de détails doivent être appliqués pas à pas à la pratique. La mobilité internationale croissante des salariés ou des dirigeants, qui travaillent d’une façon toujours plus décentralisée, entraîne aussi un énorme besoin de conseil. Les lois sont conçues pour des modèles de travail traditionnels, pas pour les nomades du travail d’aujourd’hui et leurs nouveaux modes de vie. «Le droit du travail reste à la traîne», confirme Julia von Ah. Avec de nouvelles technologies telles que la blockchain, on voit aussi apparaître de nouveaux types d’entrepreneurs. Les spécialistes travaillent de n’importe où dans le monde sur des projets précis. Peu importe où ils habitent, on leur demande de participer au succès. Sont-ils des salariés ou des indépendants? Il y a beaucoup de questions nouvelles pour lesquelles il n’existe pas de solutions standard. «Mais c’est justement ce qui rend le droit fiscal aussi passionnant», conclut Julia von Ah.


Le classement des meilleurs experts fiscaux et fiduciaires 2022 par catégorie

(en fonction du nombre de recommandations)

Catégorie 1: Cabinets de conseil fiscal et fiduciaires 

  • Big Four (Très grandes sociétés de conseil fiscal de plus de 1000 salariés)
  • Cabinets de conseil fiscal de plus de 250 employés
  • Cabinets de conseil fiscal de 50 à 249 employés
  • Cabinets de conseil fiscal de 10 à 49 employés
  • Cabinets de conseil fiscal jusqu'à 9 employés

Catégorie 2: Experts fiscaux dans les cabinets juridiques 

  • Cabinets juridiques de plus de 250 employés
  • Cabinets juridiques de 50 à 249 employés
  • Cabinets juridiques de 10 à 49 employés
  • Cabinets juridiques jusqu'à 9 employés

Méthodologie

Pour la deuxième fois, l'institut indépendant d'études de marché Statista a interrogé plusieurs milliers de professionnels et de clients du secteur du conseil fiscal et des services fiduciaires sur leurs connaissances du secteur et leurs expériences avec différents prestataires. Sur la base des résultats de cette enquête, les Meilleurs experts fiscaux et fiduciaires de Suisse 2022 sont récompensés dans différentes catégories. 

Enquête et échantillon 

Les listes des "Meilleurs experts fiscaux et fiduciaires de Suisse 2022 " sont basées sur les recommandations de:

1) Conseillers fiscaux, fiduciaires, auditeurs et avocats fiscalistes ("enquête entre pairs").

2) Employés des départements financiers des entreprises suisses, ainsi que les dirigeants de ces entreprises ("enquête clients"). 

Les recommandations de ces deux groupes pour les sociétés de conseil fiscal et les sociétés fiduciaires, ainsi que les cabinets juridiques pour le droit fiscal, ont été recueillies par le biais d'une enquête en ligne, qui a été menée entre le 19 avril et le 11 juin 2021. Des personnes qualifiées, préalablement identifiées par des recherches sur les sites web des entreprises, dans des bases de données de contacts publics et dans des réseaux d'emploi (tels que Xing et LinkedIn) ont été invitées à participer à l'enquête. En outre, les participants ont eu la possibilité de s'inscrire directement à l'enquête avec les coordonnées de leur entreprise. Ce sondage a également été publié sur les sites internet de BILANZ et du Temps. Au total, environ 9000 personnes ont été invitées à participer à l'enquête par courrier électronique avec un lien personnalisé à usage unique.

Dans le cadre de ce dispositif, les participants ont pu recommander des entreprises dans le domaine du conseil fiscal et des services fiduciaires. Les auto-recommandations et les recommandations au sein de la structure de sa propre entreprise n'ont pas été prises en compte. 

Palmarès

Les listes des "Meilleurs experts fiscaux et fiduciaires de Suisse 2022" ont été identifiées sur la base du nombre de recommandations formulées. Dans les deux listes globales, d'excellentes entreprises sont identifiées comme "Les meilleurs cabinets de conseil fiscal et fiduciaires" ou "'Les meilleurs experts fiscaux dans les cabinets juridiques". Pour être inclus dans l'une des deux listes, le nombre de recommandations d'une entreprise devait être supérieur à la médiane de toutes les entreprises recommandées.

Les entreprises sont présentées dans les deux listes, classées respectivement en 5 et 4 catégories de taille. La classification dans ces catégories de taille est basée sur le nombre total d'employés de l'entreprise en Suisse et s'appuie sur la "Définition des PME" de l'Office fédéral de la statistique. Le nombre d'employés correspond aux informations fournies par les entreprises primées elles-mêmes (informations volontaires dans une enquête de suivi séparée, informations fournies par les entreprises sur leur site web) ou aux chiffres provenant de sources publiques (par exemple, communiqués de presse, annuaires publics, etc.) 

Les sociétés de conseil fiscal et les sociétés fiduciaires (sans avocats inscrits/admis) ont été réparties dans les cinq catégories de taille suivantes:

  • "Big Four” (Deloitte, EY, KPMG et PricewaterhouseCoopers)
  • "Cabinets de conseil fiscal comptant plus de 250 employés"
  • "Cabinets de conseil fiscal de 50 à 249 employés"
  • “Cabinets de conseil fiscal de 10 à 49 employés”
  • "Cabinets de conseil fiscal comptant jusqu'à 9 employés"


Les cabinets juridiques disposant d'experts fiscaux (avec des avocats inscrits/admis) ont été répartis dans les quatre catégories de taille suivantes:

  • "Cabinets juridiques de plus de 250 employés"
  • "Cabinets juridiques de 50 à 249 employés"
  • “Cabinets juridiques de 10 à 49 employés”
  • "Cabinets juridiques comptant jusqu'à 9 employés"


Dans les deux listes, les entreprises de chaque classe de taille ont été classées par fréquence de mention.

Les listes des Meilleurs experts fiscaux et fiduciaires de Suisse ont été compilées dans le cadre d’une procédure complexe. Celle-ci ne prétend pas à une évaluation de la qualité avec une quelconque prétention à l'objectivité ou à l'exhaustivité.

A propos de Statista

En partenariat avec les médias, l’entreprise d’analyses statistiques Statista publie des classements et des listes des meilleures entreprises du monde entier. Ce portail leader dans les domaines de l’analyse des données et de veille économique propose des statistiques, des données provenant du secteur économique et de nombreuses études de marché et d’opinion.

Appel à la participation pour l’enquête des «Meilleurs experts fiscaux et fiduciaires en Suisse 2023»

Votre vote est important! Vous travaillez dans une société de conseil fiscal et/ou fiduciaire, ou vous êtes en contact régulier avec votre société de conseil fiscal et/ou fiduciaire en tant que client? Alors inscrivez-vous dès maintenant sous ce lien pour participer à notre enquête l’année prochaine: www.statista.de/page/top-steuerntreuhand.