Les produits structurés semblent disparaître de l’actualité financière. En fait ils n’ont fait que s’adapter aux nouvelles technologies et aux besoins d’individualisation des clients pour se déplacer sur le marché de gré à gré. Mais la performance, le service et l’innovation continuent de rendre ces instruments attractifs ainsi qu’en témoignent les 12e «Swiss Derivative Awards».

Le jury, composé d’experts de l’industrie, des milieux économiques et de la presse spécialisée, ont fait leur choix au sein de 80 produits sélectionnés par les émetteurs. Marc Olivier Rieger, président du jury, professeur à l’université de Trier, estime dans le magazine «Payoff» de cette semaine que «la tendance en faveur de produits plus transparents et plus aisés à comprendre pour les investisseurs s’est à nouveau poursuivie cette année».

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L’expert en structurés constate aussi un autre développement favorable, lequel amène les émetteurs à «construire des indices thématiques qu’il serait relativement compliqué pour un particulier à obtenir avec des fonds de placement classiques ou des ETF». Il en veut pour preuve le structuré sur bitcoins de la Banque Vontobel. Le professeur de finance qualifie le produit de «génial et très utile, sachant qu’un investissement direct en bitcoins reste hautement compliqué».

Un prix lié au bitcoin

Le structuré sur le bitcoin, émis par la Banque Vontobel, est en effet le premier instrument sur la crypto-monnaie permettant d’entrer dans un portefeuille traditionnel. Non seulement il est innovant, mais sa performance a été excellente, note Payoff. Par contre, sa durée est très limitée (juillet 2018). «Une variante open-end aurait été encore plus attractive» constate Martin Raab. Le cours était, jeudi dernier, de 1060 dollars. La performance a été au rendez-vous. Le structuré valait moins de 600 dollars en août dernier. Après une forte hausse l’amenant à plus de 1300 dollars, il est en phase de correction, mais le rendement atteint 57% depuis l’émission, le 15 juillet dernier.

Du point de vue romand, nous constatons que la BCV est récompensée pour la quatrième fois consécutive pour son service (ex aequo cette année avec UBS, Leonteq et Vontobel). Ce prix est attribué en fonction de la qualité des Termsheets (présentation sommaire du produit), des brochures, des magazines, du site web de l’émetteur, de la qualité des faiseurs de marché, des sondages auprès des investisseurs et de la formation des prix.

Le meilleur produit indiciel s’inscrit dans une logique d’innovation. Il s’agit du «CS Virtual Reality Index» de Credit Suisse. Le produit a été coté à 1000 dollars en avril et il vaut 1541 dollars actuellement. «L’idée est née en janvier 2016 à l’occasion du salon de l’électronique de Las Vegas», explique Uwe Neumann, analyste auprès de Credit Suisse. A l’époque, «de Sony à Facebook, toutes les grandes sociétés informatiques ont présenté des produits portant sur le thème de la réalité virtuelle», se rappelle-t-il.

Ce thème d’investissement a obtenu un deuxième soutien avec la possibilité offerte de suivre un match de basketball depuis son salon en réalité virtuelle. Les analystes de Credit Suisse prévoient que ce marché atteindra celui des smartphones (600 milliards de dollars). Uwe Neumann est d’avis que la grande banque a été la première à réaliser un travail de recherche sur les perspectives de ce marché.

L’avenir de la réalité virtuelle

La première phase de développement de la réalité virtuelle est venue de l’industrie des jeux vidéo. «Nous nous sommes alors aperçus du besoin de capacité de traitement pour que le service soit rapide et confortable pour un consommateur. La société de processeur graphique Nvidia nous a paru une opportunité en tant que «facilitatrice», explique l’analyste. Dans une deuxième phase, l’apport de la réalité augmentée a ouvert de nouvelles perspectives. «La troisième phase fera intervenir les groupes de téléphonie mobile et du commerce électronique», indique Uwe Neumann. C’est le stade du vlog, c’est-à-dire du blog faisant intervenir la vidéo. Il sera alors possible par exemple d’assister à une opération en direct avec le médecin.

«L’investisseur a initialement été très hésitant», ajoute Uwe Neumann. Mais d’autres thèmes se profilent comme la robotique ou les drones.

La commission gestion de 1,4% par an peut sembler coûteuse, mais elle s’explique par la construction dynamique de ce structuré. La composition du panier de titres est modifiée chaque trimestre. Aujourd’hui, le produit se compose de noms aussi connus qu’Activision Blizzard, Alphabet, Appel, Dassault Systemes, Electronic Arts, Facebook, Intel, Logitech, Microsoft, Samsung Electronics, Sony.

De la Route de la soie au bitcoin

Dans la catégorie des instruments sur actions, le vainqueur de l’année est un certificat émis par Julius Baer sur les principaux bénéficiaires du nouveau projet de route de la soie (New Silk Road Basket II). Il est vrai que l’investisseur peine à définir lui-même les actions des sociétés qui profiteront de l’investissement dans ces infrastructures. En l’occurrence, l’émetteur a choisi neuf actions chinoises avec une pondération identique: China Communications Construction, China Railway Construction, China Railway Grroup, China Merchants Holdings, Cosco Pacific, Zhuzou CSR Times Electric, ZTE Cororation, China State Construction et CRRC Corporation.

Le jury a apprécié «la faible durée entre l’émergence de l’idée et la mise en œuvre du produit», selon Payoff. Ce dernier ne manque pas d’évoquer la faiblesse du produit. La durée de vie de ce produit est limitée à un an.

A l’heure des taux négatifs et des sanctions contre les détenteurs de liquidités, Julius Baer a obtenu le prix du produit sur monnaies et métaux précieux pour son produit offrant une alternative aux dépôts bancaires (FAKZJB). Le «Factor 6 Long Brent Oil Index Constant Leverage-Zertifikat», émis par Commerzbank, a l’avantage d’être devenu un produit standard au sein des traders cherchant à se couvrir sur le marché du pétrole.