L’OPEP se réunit à Vienne pour calmer le jeu

Pétrole La chute du prix du pétrole sert les intérêts géopolitiques de Washington

Téhéran veut une baisse de la production

Impossible d’expliquer la chute du cours du pétrole sans prendre en compte les intérêts géostratégiques des Etats-Unis. La baisse des prix du pétrole met à genoux l’économie iranienne et fait souffrir la Russie. Or, à Téhéran et à Moscou, on soupçonne Washington d’avoir orchestré la baisse des prix avec l’aide de l’Arabie saoudite pour être en position de force dans deux dossiers délicats: les négociations sur le nucléaire iranien et le conflit en Ukraine. C’est dans ce contexte que s’ouvre aujourd’hui à Vienne le sommet de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), pour discuter d’une baisse de la production et soutenir les prix qui ont encore baissé hier, atteignant 77,80 dollars le baril de Brent.

«Tous les experts pensent qu’il y a une surabondance de l’offre sur le marché pétrolier», a déclaré mercredi le ministre iranien du Pétrole, Bijan Namdar Zanganeh, à son arrivée dans la capitale autrichienne. D’un côté, la stagnation de l’économie européenne et le ralentissement chinois ont induit un fléchissement de la demande. De l’autre, la production mondiale a gonflé grâce à l’exploitation de ressources non conventionnelles, comme le pétrole de schiste aux Etats-Unis. Ce déséquilibre entre l’offre et la demande cause la baisse actuelle des prix. Mais si cette dernière ne bénéficie à aucun pays producteur, l’Arabie saoudite, le deuxième plus gros exportateur avec 10,3 millions de barils par jour, juste derrière la Russie, rechigne à diminuer sa production pour relancer le cours. Et ce, malgré les demandes insistantes de Téhéran.

Le président iranien Hassan Rohani n’hésite pas à parler de «complot de la baisse des prix», accusant implicitement les Etats-Unis et leur allié saoudien, moins affectés par la chute des cours. Son gouvernement a tablé sur un prix du baril à 100 dollars au minimum pour boucler un budget fortement affecté par les sanctions occidentales. Pour Thierry Coville, professeur d’économie à Novancia Business School, à Paris, «l’Iran a déjà perdu 50% de ses recettes en devises étrangères depuis 2011 à cause des sanctions. Compte tenu du fait que les exportations d’hydrocarbures, essentiellement du pétrole, constituent 80% des recettes en devises du pays et la moitié du budget, la baisse du prix du baril a un impact considérable sur l’économie du pays.» Cela pourrait contraindre le gouvernement iranien à faire des concessions sur le dossier nucléaire alors que la date butoir pour obtenir un accord final a été repoussée au 30 juin 2015.

L’Iran est cependant prêt à faire des sacrifices pour maintenir tout ou partie de son programme nucléaire, ajoute Thierry Coville: «Si la faiblesse des prix du pétrole conjuguée aux effets négatifs des sanctions était tout à fait décisive, Téhéran aurait accepté un accord sur son programme nucléaire dès lundi, à l’échéance du dernier round de négociations qui se tenait à Vienne comme la réunion de l’OPEP.» En fait, les pressions sur l’Iran pourraient aussi se révéler contre-productives et renforcer le clan des durs, à Téhéran comme à Vienne, qui refusent toute concession.

Derrière leurs possibles intérêts conjoints, Riyad et Washington se battent aussi pour obtenir des parts de marché. «En 2011 déjà, lorsque les sanctions avaient contraint l’Iran à baisser sa production, l’Arabie avait augmenté la sienne pour compenser et empêcher une hausse des prix», explique Thierry Coville. Le ministre saoudien du Pétrole, Ali Al-Nouaïmi, a laissé entendre mercredi que le plafond de 30 millions de barils produits par jour par les pays de l’OPEP serait maintenu.

Le président iranien Hassan Rohani n’hésite pas à parler de «complot de la baisse des prix»