Zone euro

Même assainies, les banques européennes restent vulnérables 

La Banque centrale européenne publie les résultats des tests de résistance des banques de la zone euro ce vendredi. Objectif: assurer leur solvabilité et leur solidité à faire face aux chocs

A 22h00 ce vendredi, lorsque toutes les bourses d’Asie, d’Europe et des Amérique seront fermées, l’Autorité bancaire européenne (EBA) publiera les résultats de ses derniers tests de résistance de principales banques de la zone euro. Au total, 51 établissements représentant 70% des activités bancaires, ont été scrutés. Diane Pierret, professeur de Finance à la faculté des HEC de l’université de Lausanne, explique le but de l’exercice: «assurer la transparence des bilans des banques et surtout identifier celles qui pourraient être vulnérables aux chocs extérieurs».

Les résultats permettront aussi d’évaluer si l’une ou l’autre banque a besoin de recapitalisation pour augmenter sa solvabilité. L’édition 2016 est la quatrième depuis 2009. Les tests de résistance ont été instaurés dans le sillage de la crise bancaire de 2007-2008, qui avait commencé aux Etats-Unis, puis frappé l’Europe. Les Etats avaient alors dû intervenir pour sauver de nombreuses banques criblées de dettes non performantes. L’édition 2016 a été menée dans les meilleures conditions grâce à l’entrée en fonction de l’Union bancaire. Celle-ci comprend un Mécanisme de surveillance – assuré par la BCE –, un Mécanisme de résolution unique qui tire les conséquences de la supervision ainsi qu’un Fonds de résolution pour financer d’éventuelle recapitalisation.

Selon Diane Pierret, les banques sont vulnérables aux divers risques systémiques: l’évolution de la dette souveraine, le fonctionnement du shadow banking (financement interbancaire), l’évolution des prix des actifs des banques. «Le cours des actions bancaires aura chuté de 36% entre fin 2015 et fin 2018 dans le scénario de stress de l’EBA, fait-elle remarquer. Une telle évolution a des conséquences directes sur la solidité des banques.»

Sur le plan technique, c’est la première fois que les données ont été uniformisées au maximum. Selon Korbinian Ibel qui a dirigé l’exercice, plus de 200 experts de la BCE et des autorités nationales de supervision bancaire ont consacré plus de trois mois pour assurer des conclusions robustes. «Nous ne parlerons pas d’échec ou de succès des banques, dit-il. En revanche, notre analyse permettra de mesurer leur capacité à s’adapter à un environnement changeant».

Les experts n’attendent pas de grandes surprises. Pour cause, les établissements ont largement assaini leurs bilans et augmenté leur capital. Ils soulignent toutefois qu’en 2006, les banques opèrent dans un environnement macroéconomique plutôt morose, ce qui grève aussi leurs activités.

Pour Diane Pierret, les résultats des banques italiennes devraient attirer tous les regards. «Malgré la crise et leur échec au stress test de 2014, elles n’ont pas procédé à la recapitalisation suffisante, sauf en 2011 grâce à l’intervention de l’Union européenne, explique-t-elle. Elles avaient aussi tardé à reconnaître certains risques, notamment des prêts non performants.» Le cas le plus flagrant est celui de la banque Monte dei Paschi qui en aurait accumulé à hauteur de 50 milliards d’euros, soit l’équivalent de près d’un tiers de ses actifs. La spécialiste attire l’attention aussi sur la Deutsche Bank dont les actifs ne sont pas suffisamment soutenus par les fonds propres.

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