Son directeur a beau être soupçonné de corruption depuis janvier – il a même été incarcéré à Séoul le 17 février –, l’action de Samsung Electronics est aujourd’hui à son sommet. Mardi, Lee Jae-yong a vu ses ennuis avec la justice s’aggraver avec son inculpation, aux côtés de quatre hauts responsables, pour corruption. L’héritier du groupe sud-coréen est du coup quasiment certain de ne pas pouvoir échapper à un procès ces prochains mois. Ses démêlés avec la justice sud-coréenne n’affectent pour l’heure pas Samsung. Mais ils pourraient ralentir, à terme, son expansion.

Lire aussi: Le scandale en Corée du Sud décapite le groupe Samsung

Lee Jae-yong n’a pas, hors de son pays, la notoriété d’un Bill Gates. L’homme de 48 ans est pourtant perçu comme le plus puissant de Corée du Sud et de ses 50 millions d’habitants. En mai 2014, son père, qui dirigeait Samsung Electronics, souffrait d’une crise cardiaque avant de tomber dans le coma. Depuis cette date, c’est Lee Jae-yong qui dirige officieusement Samsung. Petit-fils du fondateur de Samsung Lee Byung-chul, Lee Jae-yong a passé toute sa carrière au sein de l’empire sud-coréen. Une carrière désormais mise entre parenthèses.

Des «décisions retardées»

Mardi, le dossier judiciaire a ainsi progressé avec son inculpation pour corruption, abus de biens sociaux, dissimulation d’actifs à l’étranger et parjure. L’homme, qui clame son innocence, est soupçonné d’avoir versé plusieurs millions de francs à une proche de l’ex-présidente du pays, Park Geun-hye, qui avait été destituée dans le cadre de cette affaire. En échange de ces millions, Samsung aurait obtenu du gouvernement son autorisation pour la fusion controversée de deux de ses unités, Cheil Industries et C&T, en 2015. Au total, 31 suspects sont désormais inculpés dans le cadre de cette affaire.

A ce propos: La «révolution des bougies» balaie Park Geun-hye

Le douloureux scandale du Galaxy Note 7

Cette affaire vient entacher la réputation du groupe, qui tentait de se remettre du scandale du smartphone Galaxy Note 7. En été 2016, Samsung avait vu plusieurs dizaines de ses smartphones Galaxy Note 7 exploser, entraînant le rappel de 2,5 millions d’exemplaires, pour un coût de quelque 5 milliards de francs.

Quel sera l’impact de l’inculpation de Lee Jae-yong? «Les décisions stratégiques impliquant sa structure de gouvernance ou des fusions et acquisitions vont être retardées», estimait récemment Kim Sang-jo, professeur à l’Université Hansung, dans les colonnes du Financial Times. Un spécialiste du secteur allait dans le même sens sur le site spécialisé sud-coréen The Investor: «L’absence de Lee Jae-yong va retarder considérablement les futures affaires de Samsung. Personne n’a jamais pu prendre de décision finale sur de grands contrats, des investissements majeurs ou des restructurations comme lui. Samsung risque de moins croître si l’absence de Lee Jae-yong est prolongée.»

Véhicules connectés

C’est en effet Lee Jae-yong qui a décidé du rachat le 14 novembre dernier, pour 7,9 milliards de dollars, de Harman, société américaine spécialisée dans l’électronique de loisirs, afin d’entrer sur le marché des voitures connectées. C’est aussi lui qui a supervisé l’affaire du Galaxy Note 7 et qui est censé chapeauter le lancement du futur smartphone haut de gamme, le Galaxy S8, attendu le 29 mars. Pour l’heure, le groupe dispose de 75 milliards de dollars de cash après avoir réalisé un bénéfice d’exploitation de 24,9 milliards en 2016 pour un chiffre d’affaires de 171,6 milliards.

Lire aussi: Samsung fait profil bas pour rebondir dès mars