Ma planète finance

Même les robots paniquent

Les marchés ont un côté qui m’a toujours amusé. Déjà parce qu’on les traite comme des êtres humains pourvus d’intelligence et de sentiments – «les marchés s’affolent», «reprennent leur souffle», «paniquent»… – alors qu’aujourd’hui au moins 50% des mouvements qui les agitent sont le fait de robots. Ensuite, et surtout, parce qu’ils ont une fâcheuse tendance à s’emballer, voire, justement, à paniquer.

Ce n’est un secret pour personne, les marchés «aiment» se faire peur. Il n’y a rien de plus ennuyeux pour eux qu’une séance sans relief et sans volume. Résultats: les accidents sont inévitables. On a tous en tête ces traders qui s’arrachent les cheveux devant leurs écrans rouge sang. Et on imagine tous, ou presque, la tête que pourrait avoir un algorithme juste après un flasch krach…

A leur crédit, néanmoins, ils ont souvent de bonnes raisons de se ronger les sangs. Je me souviendrai ainsi toute ma vie du visage des marchés le jour où Lehman Brothers a fait faillite. Il avait pris les traits crispés de mes chefs de l’époque, deux traders qui n’avaient pourtant peur de rien. C’est peut-être l’une des seules fois, d’ailleurs, où les marchés ne m’ont pas fait rire…

Mais voilà qu’ils ont voulu remettre ça lundi dernier. Une grosse frayeur pour la rentrée qui s’est soldée par une dégringolade généralisée. New York a même ouvert à – 8% avant de passer à +2% pour clôturer à – 4%. Du jamais-vu. Alors bien sûr il y a de quoi s’inquiéter (la Chine, la Fed, la Grèce, etc.). Mais, quand même, fallait-il vraiment qu’une boîte comme General Electric perde 50 milliards de dollars de sa valeur (–21%) en quelques minutes avant de rebondir? Un peu de sang-froid, Messieurs les marchés!