Les marchés émergents ont profité d’un fort rebondissement depuis mars 2009, lorsque les investisseurs ont reconnu que la grande majorité des économies émergentes régionales dispose aujourd’hui, plus que jamais, d’atouts décisifs pour faire face à un ralentissement.

Témoignage des réformes structurelles et des meilleures politiques macroéconomiques implémentées durant la dernière décennie, les marchés émergents actuels diffèrent passablement de ce qu’ils étaient hier. A l’avenir, pourtant, chaque région se devra d’affronter le ralentissement actuel et de relever ses propres défis. Les investisseurs pourraient donc s’attendre à des rendements différents à court terme.

Certaines parties de l’Asie ont subi un ralentissement économique marqué vu leur grande ­dépendance par rapport aux exportations. Dans un tel environnement, il importe de se concentrer sur des économies dont la demande intérieure, plutôt que les exportations, peut mener à une croissance économique. L’Inde et la Chine sont des exemples opportuns de fortes démographies soutenant largement la croissance domestique. Alors que la Thaïlande et l’Indonésie dis­posent de précieux attributs, d’autres marchés plus cycliques tels que la Corée du Sud pourront être aux prises avec des difficultés.

L’année 2009 sera dans l’ensemble difficile pour maintes économies asiatiques et pour les bénéfices des entreprises. Cependant, avec des bilans asiatiques en moyenne beaucoup plus souverains que ceux des autres régions, la solidité de ce bilan a très tôt pris la forme d’une action de politique anticyclique plus agressive, surtout en Chine.

Il est important de souligner que l’Asie ne souffre pas de la crise de liquidité et que les taux d’épargne y sont également supérieurs à ceux d’autres régions du globe. A l’avenir, l’Asie restera en position de force pour maintenir le niveau élevé à moyen terme de son taux de croissance.

Le Brésil et le Mexique sont les nations économiques en plein essor de la région qui offre l’accès à de nombreux marchés dynamiques. Le Brésil a été l’un des marchés les plus performants de l’année, alors que le Mexique est resté à la traîne du fait de son étroite dépendance à l’égard des Etats-Unis.

Cependant, sur le plan individuel des actions, l’on trouve au Mexique de nombreuses entreprises dynamiques aux modèles d’affaires robustes. En outre, étant donné que le Mexique a été touché par le ralentissement bien avant d’autres parties de la région, il pourrait en tirer son épingle du jeu s’il s’avérait que les Etats-Unis deviennent le premier pays industrialisé à se rétablir.

A l’avenir, la croissance économique va ralentir, mais il est toutefois important de souligner que la croissance de la région restera positive dans son ensemble, le Brésil étant à l’avant-garde de cela. Les excédents budgétaires régionaux et la balance des transactions courantes, encore loin d’être «parfaits», sont néanmoins bien meilleurs que lors des tassements conjoncturels précédents. En effet, l’ancienne discipline budgétaire a permis au Brésil de baisser pour la première fois, depuis belle lurette, ses taux d’intérêt en dessous de la barre des 10%. Ces faibles taux d’intérêt devraient contribuer à préserver la croissance économique et à soutenir les évaluations des actions à l’aide de valorisations toujours attrayantes et en reléguant le problème majeur de l’inflation globale au second plan.

L’Europe émergente, le Proche-Orient et l’Afrique (EMEA), régions de nature dynamique, sont riches en ressources naturelles. Les perspectives de l’Europe émergente divergent toutefois de celles des marchés du Proche-Orient et de l’Afrique.

La Russie, considérée de loin comme le composant le plus grand de l’indice, est tombée dans un marasme économique accompagné d’importants reflux de capitaux. Son marché d’actions a cependant profité d’un très fort rebondissement grâce à la remontée des prix du pétrole. La Russie a passé du stade de l’un des marchés les moins performants des pays émergents à celui de l’un des plus compétitifs. Les valorisations ont dès lors perdu de leur attractivité, soulignant de cette façon le besoin de se concentrer sur des fondamentaux d’actions individuels.

Ces deux secteurs continuent de proposer d’excellentes perspectives à long terme aux marchés d’Afrique et du Proche-Orient. Malgré le désengagement marqué de l’année 2008, les économies de la plupart des régions sont solides et maints pays ont amassé des réserves considérables durant les années de vaches grasses en termes de prix des matières premières et du pétrole.

Une croissance mondiale plus lente aura un impact sur l’Afrique et le Proche-Orient et la croissance régionale sera probablement étayée par les dépenses des gouvernements en faveur de l’infrastructure et des investissements dans les autres secteurs. Un retour structurel à un prix plus élevé des matières premières incitera probablement les investisseurs avec un horizon à long terme, à retourner vers ces marchés.

La récente performance des marchés émergents régionaux a été marquée et les perspectives d’investissement restent positives pour les investisseurs tablant sur des horizons de placement à moyen et long terme. Les perspectives économiques peuvent varier d’une région à l’autre. Adopter une approche d’investissement bottom-up contribuera à identifier les meilleures opportunités des différents secteurs. A court terme, l’approche la plus prudente consistera à investir de façon échelonnée durant le reste de l’année, les investisseurs pouvant probablement bénéficier d’opportunités à des niveaux plus bas.

Co-head of Emerging Market Equity, T. Rowe Price International, Inc.

Investir de façon échelonnée au long de l’année est sans doute la stratégie la plus prudente