Le Temps: Selon HSBC, d’ici à 2050, la Chine aura dépassé les Etats-Unis comme première puissance économique mondiale. Votre avis?

Nicolas Musy: Selon moi, cela interviendra beaucoup plus tôt. Je pars du principe que la Chine va détrôner les Etats-Unis d’ici à 2020, au plus tard entre 2030 et 2040, avec, de plus, une économie qui alliera qualité et innovation. Mais il y a bien sûr des écueils. Notamment les vices de la corruption. Surtout lorsqu’ils ont des répercussions pour l’ensemble de la population. L’accident du train à grande vitesse, qui a fait 40 morts, conjugué avec les enquêtes de corruption en cours au sein du Ministère des rails, l’a mis en lumière. Il y a deux choses à ne pas prendre aux Chinois, sous aucun prétexte: leur porte-monnaie et leur santé.

– Des dangers menacent: inflation ou bulle immobilière. Alors atterrissage en douceur ou brutal?

– Les taux de croissance peuvent fluctuer, mais, comme indiqué, l’expansion économique est une nécessité absolue pour le pays. Il fera donc tout pour y parvenir. Ensuite, prenons par ordre. L’inflation est sous contrôle. Elle sera de l’ordre de 4,5 à 5% sur l’année, ce qui est plus que l’objectif, mais on s’attend à ce qu’elle se réduise à 3,5% dès l’année prochaine. Et quel pays en développement ne connaît pas cette situation, alors que de centaines de milliards ont été injectés dans l’économie mondiale et que la planche à billets tourne à plein régime?

– Et l’immobilier?

– La Chine connaît pour l’heure un peu la même situation que l’Arc lémanique, toutes proportions gardées. Une énorme demande pour peu d’offre. Il y a clairement une surchauffe, ou une petite bulle, au niveau des biens immobiliers de luxe, avec insuffisamment d’objets disponibles. En ce qui concerne les biens moins onéreux, la situation ne présente pas de dangers. Le gouvernement est en train de construire 10 millions de logements subventionnés. Pas de quoi alimenter une bulle à mon avis. Les politiques de ralentissement du marché fonctionnent d’ailleurs et les prix ont commencé à baisser. C’est nécessaire, car, avec l’augmentation des prix, le commun des mortels n’a tout simplement plus les moyens d’acheter. Tout comme dans la région lémanique.

– De nombreux gouvernements reprochent à la Chine la sous-évaluation de sa devise. Va-t-on vers une guerre des monnaies?

– Je ne le pense pas. Aujourd’hui, personne n’a intérêt à ce que la croissance chinoise cale. Raison pour laquelle toutes les récriminations américaines depuis dix ans sur le niveau du renminbi ne sont que formelles. Personne ne met plus de pression particulière au niveau des droits de l’homme. Cela reste au niveau des mots et pas des actions, malheureusement.

– Le pays peut-il, doit-il réévaluer sa monnaie à terme?

– Je pense que la monnaie sera rendue convertible d’ici à 2020. Entre-temps, la politique interne et un soutien suffisant des exportateurs dictera les réévaluations. A l’heure actuelle, vu la crise européenne et les difficultés des exportateurs chinois, il ne faut s’attendre à rien, ou presque.