Médias

Même surendetté, Netflix continue d’impressionner Wall Street

Avec 7,4 millions d’abonnés supplémentaires, le géant du streaming a publié des résultats trimestriels supérieurs à ses propres prévisions. Son lourd endettement ne semble pas gêner les investisseurs

Les résultats trimestriels sont tombés lundi en fin d’après-midi, après la cloche à Wall Street. Netflix revendique 7,41 millions d’abonnés supplémentaires au 31 mars 2018. Un record pour un premier trimestre, traditionnellement plus calme que le reste de l’année pour le site de streaming.

Netflix a annoncé 3,7 milliards de dollars de revenus (3,5 milliards de francs), en hausse de 43% sur un an pour un profit de 290 millions de dollars à 64 cents par action. La hausse du prix de l’abonnement à l’automne n’a visiblement pas entamé la marche en avant du groupe de Los Gatos. Même si l’action avait perdu 1,24% à la clôture (juste en dessous des 308 dollars), elle reste l’une des valeurs préférées de Wall Street (+60% en 2018, +114% sur un an).


A propos de Netflix


L’entreprise californienne a l’habitude de largement sous-estimer la croissance de ses abonnés. Elle visait, en accord avec la plupart des analystes, 6,6 millions de nouveaux membres pour ce trimestre. Netflix en compte désormais près de 125 millions à travers le monde. L’année 2018 s’annonce aussi bonne que les deux précédentes (+19 millions d’abonnés en 2016, +24 millions en 2017).

Huit milliards pour l’achat de contenus

«C’est impressionnant», concède Daniel Ives, un analyste de GBH Insights dans une lettre aux investisseurs. «Cela montre que la stratégie agressive d’expansion de l’entreprise à l’international porte ses fruits et va alimenter sa croissance pour le reste de 2018 et au-delà», ajoute-t-il.

Netflix, présent dans 190 pays (dont la Suisse depuis 2014), a ajouté plus de 5 millions de membres à l’international alors même qu’il ne domine pas encore le marché asiatique. Mais sachant que près d’un foyer américain sur deux est déjà abonné, la croissance de 1,96 million d’abonnés aux Etats-Unis est elle aussi spectaculaire.

Plus de 7,5 milliards injectés dans la production et les achats

Le nombre d’abonnés reste la préoccupation majeure des investisseurs, peu inquiets de l’endettement du géant du streaming (6,5 milliards de dettes à long terme). En 2018, il va dépenser entre 7,5 et 8 milliards de dollars dans l’achat et la production de contenus. «Ce n’est pas tant que ça», affirme Reed Hastings, le grand patron de Netflix (Amazon a dépensé 4,5 milliards en 2017, Hulu 2,5).

Netflix a lancé 18 séries originales (Altered Carbon, Lost in space ou Seven Seconds, notamment) et 14 films au premier trimestre. Au total, 80 longs-métrages devraient sortir cette année. Il a fallu débourser 300 millions de dollars pour offrir un contrat de cinq ans au producteur star Ryan Murphy, créateur de Glee. Arracher Shonda Rhimes, autre reine de la télévision américaine, à la chaîne ABC n’a pas non plus été gratuit.

Un média, pas un géant de la tech

Aux yeux de Reed Hastings, les contenus originaux sont indispensables pour moins dépendre des productions sous licences – Disney quittera Netflix en 2019 – et faciliter la gestion des droits à l’international. Mais ils sont chers et vont le rester. Morgan Stanley ne voit pas Netflix rebasculer en positif avant 2022.

Notre revue de presse: L’empire Disney contre-attaque dans la cour de jeu de Netflix

S’ajoute près d’un demi-milliard en marketing (+77% sur un an) parce qu’il faut bien promouvoir ces nouveaux contenus. Les éventuels rachats d’EuropaCorp, le studio de Luc Besson, ou du spécialiste de l’affichache Regency Outdoor Advertising pourraient aussi alourdir la dette.

La stratégie de Netflix peut paraître discutable si l’on tient compte d’une étude du cabinet 7Park Data. Les contenus sous licence resteraient les plus regardés sur le site: 80% des programmes visionnés entre septembre 2016 et 2017.

Le groupe n’a en tout cas pas à se soucier de la polémique actuelle sur la protection des données dans la Silicon Valley. C’est du moins l’avis de Reed Hastings qui, conformément à son habitude, n’a parlé qu’à un seul analyste après la publication des résultats. «Nous avons construit un modèle s’appuyant sur l’abonnement, pas la publicité», a-t-il expliqué à Ben Swinburne de Morgan Stanley, précisant: «Nous sommes bien plus une entreprise de médias que de la tech.»

A ce sujet: Ne soyons pas naïfs face à Netflix

Publicité