Le chômage augmente et pourrait cette année atteindre en moyenne 9,5% de la population active en Amérique latine, c'est-à-dire plus que lors de la crise qu'a connue la région dans les années 80. Il toucherait les femmes dans une proportion plus grande encore avec des pointes de 20% au Panama et en Colombie. La croissance annuelle de la main-d'œuvre y atteint en revanche 3,1%. Travail temporaire et à temps partiel y seraient également en progression. Ce constat est rapporté dans une étude commandée par le directeur général du Bureau international du travail (BIT), le Chilien Juan Somavia, intitulée «Travail décent et protection pour tous: priorité des Amériques». Elle a été présentée à l'occasion de la dixième réunion régionale des Etats membres américains de l'Organisation internationale du travail (OIT), tenue cette semaine à Lima au Pérou. En dépit des réformes engagées depuis dix ans en Amérique latine et qui ont permis le retour de la croissance et une inflation maîtrisée, les nouvelles sont mauvaises sur le front social. Aucun progrès significatif n'est observé en matière d'emploi stable et de revenus, rappelle Juan Somavia dans son rapport. Bien au contraire: près de 85% de tous les nouveaux emplois créés en 1998 l'étaient dans le secteur informel des microentreprises, de l'agriculture et des petits services où la protection sociale est faible. Un phénomène accru par l'exode rural qui se poursuit: 76% de la main-d'œuvre vit dans les zones urbaines, contre 66% en 1980. Les prévisions ne sont pas encourageantes, avertit le BIT qui table pour 1999 sur un taux de croissance négatif de –0,4% qu'une faible consommation interne ne pourra doper. «La modernisation de l'économie s'appuie sur une précarisation des relations de travail avec des conséquences sociales souvent désastreuses pour les travailleurs», résume Juan Somavia. Le salaire minimum moyen en Amérique latine serait 27% plus bas qu'au début des années 80. La région revient pourtant de loin: l'inflation moyenne annuelle y était de 10,2% en 1998, contre 550% entre 1990 et 1993, rappelle-t-on dans le rapport. La croissance démographique s'y est en outre ralentie. Tous les pays d'Amérique latine ne sont pas logés à la même enseigne. Chez ceux où les réformes ont été les plus profondes, comme la Bolivie, le Chili ou le Costa Rica et plus récemment la Colombie, le BIT relève une diminution du chômage, une augmentation des salaires et une stagnation du secteur informel. La croissance y est soutenue (entre 3 et 7%) à l'inverse de pays tels que l'Argentine, le Brésil, le Mexique, l'Uruguay ou le Venezuela où chômage, travail informel et précaire se sont développés.

Les mauvaises nouvelles ne manquent pas dans ce rapport, notamment celles relatives au travail des enfants. «Préoccupation croissante» de ses auteurs, il toucherait près de 19% de ceux qui n'ont pas même atteint l'âge de la puberté: entre 10 et 14 ans. Pour mémoire, les membres de l'Organisation internationale du travail (OIT) ont adopté en juin dernier une convention visant à éradiquer les pires formes de travail des enfants. Une autre étude du BIT, rendue publique en mai dernier, faisait également état du nombre croissant de petits travailleurs dans les exploitations minières, notamment en Amérique latine, l'un des continents bastions, avec l'Asie, du travail des enfants.