Depuis plusieurs mois, c’est l’autre menace censée peser sur la Chine. Les «trust loans», des sortes de fonds d’investissement à haut rendement, assurant des gains de 6 à 9% par an, quand le citoyen lambda n’obtiendra pas plus de 3% de son compte épargne. Le truc? L’argent confié est prêté – au taux fort – à une myriade d’entreprises ou de promoteurs ayant vu les portes de leur banque se refermer depuis que Pékin a frappé du poing. Le rôle de ces usuriers a pris des proportions telles qu’ils sont qualifiés de «banques souterraines».

En octobre, la faillite d’un de ces «trust loans», dans la ville de Wenzhou, avait fait craindre une réplique des excès ayant conduit les Etats-Unis au bord du gouffre en 2008: «l’empaquetage» de centaines de milliers de prêts immobiliers irrécouvrables dans des produits de placement auxquels personne ne comprenait rien.

«Il faut replacer les choses dans leur contexte, la plus grande partie de ces produits est structurée à la demande des banques, par 67 sociétés ayant pignon sur rue», explique Fabrice Jacob, directeur général de la maison JK Capital Management à Hongkong, affiliée à la française A.M. L’équipe de cette dernière estime que, sur les 10 000 milliards de renminbis (1500 milliards de francs) de produits de gestion de fortune diffusés en République populaire – l’équivalent d’une année de PIB –, la moitié sont de tels «trust funds»; en «grande partie diffusés par les banques, qui en sont donc responsables». Selon le financier, seul un cinquième de ces produits de banque privée – 300 milliards de francs – présente un risque potentiel. Installé depuis 20 ans à Hongkong, celui-ci met également en garde contre les comparaisons hâtives avec 2008. «D’une part, vous n’avez pas, en Chine, d’activité de titrisation brouillant le risque de non-remboursement des prêts», relate Fabrice Jacob. Ensuite, «ces sociétés se comportent comme des prêteurs sur gages, et demandent souvent des garanties atteignant trois fois le montant du crédit accordé», poursuit le gérant du fonds LFP JKC China Value.

Le phénomène est en train de se dégonfler, sous la pression du gouvernement. Lequel exige, depuis mars, que ces sociétés financières parallèles publient un prospectus sur des produits qui seront audités, et demandent aux clients de signer une décharge. Résultat: le mois dernier, 99 milliards de renminbis de nouveaux «trust loans» ont été diffusés. Soit la moitié des souscriptions engrangées le mois précédent, elles-mêmes divisées par deux.

Cet engouement pour les produits d’épargne miracle a pourtant des conséquences étonnantes, perceptibles dans les indicateurs économiques. Ainsi des variations surprises des exportations du pays, selon les statistiques officielles: alors qu’en avril, celles-ci étaient supérieures de 15% à celles affichées un an plus tôt, leur croissance était quasi-nulle en mai. «Une secousse que n’a pas reflété le trafic des containers qui, lui, ne ment pas», note le patron de la firme hongkongaise. Et ce dernier d’esquisser une piste. «Nombre d’industriels du sud de la province de Canton se sont mis à stocker les marchandises en partance dans des entrepôts sous douane, afin de pouvoir emprunter dans l’ex-colonie en gageant ces produits», explique Fabrice Jacob. Les dollars de Hongkong ainsi reçus avaient surtout un but: pouvoir jouer au grand casino des «trust loans».

«Seul un cinquième de ces produits de banque privée – 300 milliards de francs – présenteun risque potentiel»