La chronique des changes

La menace plane sur l'Arabie saoudite rattachée au dollar

Le rouble russe, avec une chute de près de 50% fin 2014, est la monnaie qui a fait le plongeon le plus spectaculaire suite à l’effondrement du prix du pétrole et son désaccord à propos de l’Ukraine avec l’Occident

Les grandes et petites nations économiques, qui dépendent massivement des exportations de pétrole, ont ces dix-huit derniers mois rapidement cessé de fixer, en tout ou partie, le cours de leur monnaie par rapport au dollar. Le rouble russe, avec une chute de près de 50% fin 2014, est la monnaie qui a fait le plongeon le plus spectaculaire suite à l’effondrement du prix du pétrole et son désaccord à propos de l’Ukraine avec l’Occident. Les petits exportateurs – tels que l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan – ont également abandonné leur rattachement au dollar pour tenir compte de leurs difficultés économiques.

Deux conséquences à cette dévaluation à grande échelle: premièrement, elle absorbe la pression subie par la monnaie nationale suite à la chute du prix du pétrole. Cela permet autant de ménager les revenus du gouvernement dans la monnaie nominale locale que de réduire la pression exercée sur les réserves monétaires internationales, une ressource financière vitale du pays. Deuxièmement, c’est la population tout entière qui subit très vite les mesures d’ajustement drastiques, avec une hausse de l’inflation parallèlement à l’envol des prix des importations dans la devise locale. En d’autres termes, la monnaie est une sorte de soupape de décompression qui exige de l’économie qu’elle s’adapte rapidement à la nouvelle réalité.

L’Arabie saoudite est l’une des grandes économies dépendantes du pétrole qui continue de fixer le cours de sa monnaie par rapport au dollar. Les Saoudiens espèrent que cette stratégie de diminution de l’offre va stimuler la demande en pétrole tout en réduisant l’approvisionnement, entraînant alors la reprise exponentielle des prix du pétrole. En attendant, l’Arabie saoudite évite les agitations au plan national et profite de la stabilité de la cotation du riyal saoudien par rapport au dollar, en réduisant tout simplement une partie de ses énormes réserves de change actuellement estimées à plus de 600 milliards de dollars. Toutefois, si le pays fait erreur dans ses calculs, les dégâts pourraient être considérables.

Les chiffres sont implacables: avec un prix du pétrole à 40 $ le baril, si le pays conserve son train de vie fiscal et ne réduit notamment pas les prestations sociales accordées à une vaste partie de la population saoudienne ni les très dispendieuses subventions liées au pétrole qui encouragent le gaspillage, ses réserves pourraient s’envoler entièrement d’ici à quelques années, à en juger par la vitesse à laquelle elles s’amenuisent actuellement. Sans compter que le gouvernement devrait entériner un déficit budgétaire surprise de plus de 20% du PIB pour 2015.

Les pressions sont manifestes et les spéculations vont bon train, avec des contrats dérivés qui changent de mains, preuve que le riyal pourrait être dévalué l’année prochaine. Pour l’instant, le marché n’évalue cette dévaluation qu’à un peu plus de 1%. Mais un mouvement aussi timide ne changera sans doute pas la donne et l’Arabie saoudite aura du mal à dévaluer sa monnaie alors qu’elle devra aussi gérer les menaces de fuite de capitaux qui ont tendance à précéder ce genre d’initiative. Une chose est sûre: plus l’Arabie saoudite va attendre, plus la dévaluation du riyal fera potentiellement des ravages.

* Analyste et stratège en devises auprès de Saxo Bank

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