Il y a bien eu cadeau fiscal de l’Etat à Merck Serono. Mais le ­montant articulé jusqu’ici (531 000 francs pour 2007, soit – par extrapolation – entre 2,6 et 3,5 millions sur cinq ans) est inférieur à la réalité. La multinationale aurait, selon nos informations, restitué au minimum 20 millions de francs au canton.

Les autorités genevoises avaient, semble-t-il, consenti en l’espèce à un soulagement d’impôt légèrement supérieur à la normale. Lié par le secret fiscal, le Département des finances «ne confirme pas, ni n’infirme» la série de huit chiffres précédemment énoncée. Seule certitude: Merck Serono a payé.

Qu’en dit la multinationale? «Merck Serono n’a pas communiqué de chiffres concernant sa situation fiscale et ne souhaite pas commenter les spéculations faites à ce sujet», résume sa direction, précisant toutefois son respect des engagements pris envers l’Etat de Genève.

Les faveurs fiscales datent du rachat de Serono par Merck, en 2007. La biotech devait en profiter jusqu’à fin 2011 (période théoriquement prorogeable au maximum jusqu’en 2017). Cependant, le besoin de restructurer s’est entre-temps fait sentir. L’annonce de fermeture du site genevois et le licenciement de plusieurs centaines d’employés datent du 24 avril de cette année, soit juste après la fin de la période d’allégement prévue. Par ce calcul (dépassement de l’échéance 2012), la direction de l’entreprise pouvait espérer être à l’abri d’un remboursement.

Toujours selon nos informations, l’exécutif genevois ne l’aurait pas vu de cet œil, rappelant à Merck Serono que son site de Sécheron avait déjà subi des réductions d’effectifs courant 2011. Quant aux modalités d’un démantèlement, elles auraient été mûries de plus longue date encore. Par conséquent, la multinationale a été priée de restituer (tout ou partie?) son exonération, faute d’avoir entièrement rempli sa part de contrat, comprenant la création d’un certain nombre de places de travail.

Si Merck Serono a depuis rendu son cadeau (clause de rattrapage), la transaction n’aurait fait l’objet d’aucune contestation formelle de sa part. La multinationale s’y était visiblement préparée, ce qui n’a pas empêché de faire remonter le cas au plus haut de sa hiérarchie.

Tout cela nous porte à considérer les provisions comptables faites par cette dernière en vue de sa restructuration à Genève. Selon nos sources, l’enveloppe était de 120 millions de francs il y a douze semaines. Ce montant aurait fondu à 90 millions en juin dernier, pour s’établir actuellement aux alentours de 75 à 80 millions. De telles réécritures sont-elles liées au remboursement du cadeau fiscal, à un banal transfert comptable de Genève à Darmstadt, ou alors à une révision à la baisse des frais de relocalisation en raison du nombre de candidats plus faible que prévu? Difficile d’en avoir le cœur net.

Toutefois, même si cette réduction de trésorerie n’est pas liée au règlement fiscal, elle a de quoi interpeller ses observateurs. Explications de Merck Serono: «Nous n’avons pas annoncé de coûts de restructuration par pays et ne souhaitons pas commenter les spéculations faites à ce sujet», réagit sa direction. Le budget alloué à cette fin, au niveau mondial, a en revanche été établi à 600 millions d’euros, entre 2012 et 2014.

Fiscalement, l’Etat de Genève s’est montré un peu plus généreux que d’habitude avec la biotech de Sécheron