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Merck Serono: vers une accalmie immobilière?

La fermeture du site genevois de la firme pharmaceutique pourrait contribuer à atténuer la pénurie de logements

Le départ de Merck Serono ne laisse pas de glace la Genève immobilière. Si la branche déplore l’aspect dramatique de la nouvelle, elle n’en réfléchit pas moins à ses répercussions sur ses activités. Deux marchés sont affectés: le logement et les bureaux.

En fermant son siège genevois, Merck Serono quitte un complexe prestigieux, inauguré en 2007 sur les anciens terrains des ateliers de Sécheron. Trois bâtiments historiques y ont été restaurés et trois autres érigés pour 330 millions de francs. Au terme de la restructuration, l’an prochain, la firme envisage de vendre le site, qui offre une soixantaine de milliers de mètres carrés. Ce chiffre excède à lui seul le total des surfaces d’activités vacantes recensées mi-2011 par l’Office cantonal de la statistique, qui notait un reflux de 51% sur un an.

Objet sur mesure

«On trouve encore des bureaux à Genève, mais les vastes espaces d’un seul tenant sont rares et il est ardu de trouver un édifice pouvant incarner l’image de marque d’une société, commente Christophe Aumeunier, secrétaire de la Chambre immobilière. Par contre, il y a peu de clients pour ces biens! Je ne prévois pas d’impact sur les prix. L’avenir dira si le site sera cédé en un bloc ou par lots.»

Une telle scission serait malaisée, selon Jean Golinelli, directeur suisse de CBRE, spécialiste des locaux pour entreprises: «Le bâtiment a été fait sur mesure, ce qui n’est pas évident pour un repreneur, juge-t-il. C’est un édifice de prestige, doté d’un vaste atrium qu’il faut chauffer, alors que la tendance favorise des locaux efficaces et bon marché.»

Qu’en sera-t-il des logements des personnes congédiées? On parle de 500 suppressions d’emplois et de 750 délocalisations, surtout à l’étranger. On peut s’attendre à du mouvement. «Sur le site de Merck Serono, on croise des personnes de toutes origines, note Christophe Aumeunier. Des collaborateurs de ce type sont habitués à bouger.» La prudence s’impose: tous ne résident pas dans le canton, certains vivent en couple. Reste que l’ampleur des effectifs touchés doit être comparée à la réalité statistique: 1018 logements ont été bâtis en 2011 et l’offre, en avril de la même année, se limitait à 556 logements vacants (pour un taux de 0,25%).

Détente en vue

La pénurie pourrait donc s’atténuer, sans s’éteindre. «Il manque de 3500 à 4000 logements pour obtenir un marché fluide, caractérisé par un taux de vacance de 2%, note Christophe Aumeunier. Des départs massifs suffiraient à créer une détente à court terme, laquelle servirait de pont vers les années 2012 et 2013 où la production de logements se redressera à 2500 unités par an.» Mais les mauvaises nouvelles pourraient se multiplier, accentuant la détente immobilière: «Plusieurs centaines d’emplois risquent d’être supprimés à Genève durant ce semestre encore, pronostique Jean Golinelli. Les multinationales cherchent à faire des économies, y compris dans leurs sièges, et les organisations internationales restructurent aussi. Les autorités genevoises feraient bien de ménager ces multinationales.»

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