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Thomas Minder et son initiative s’inscrivent parfaitement dans la tradition de démocratie actionnariale.
© PETER KLAUNZER / Keystone

Gestion

La méritocratie suisse est remise en cause par l'UE

Dans le top 20 des entreprises helvétiques, moins de la moitié des patrons sont de nationalité suisse. Cette situation risque d’être remise en question par la nouvelle réglementation européenne MiFID II

Les entreprises suisses ont aujourd’hui un rayonnement international et il paraît donc logique que leurs dirigeants soient choisis par méritocratie, et non selon leur identité nationale. Il semble normal également que les sociétés helvétiques – et les investisseurs qui les soutiennent – recherchent les meilleurs talents pour les diriger.

Des spécialistes de différents domaines et pays

Dans le top 20 des entreprises helvétiques, moins de la moitié des patrons sont de nationalité suisse. De même, les membres des conseils d’administration tendent à avoir un profil plutôt international, avec notamment des spécialistes de différents domaines et pays, afin de soutenir l’orientation stratégique de la société. Cet atout a largement contribué au leadership mondial de nombre d’entreprises dans leur secteur d’activité. Ce leadership explique aussi en partie la performance remarquable de l’indice SPI (Swiss Performance Index) par rapport au MSCI World ces trente dernières années. Cela provient notamment de la capacité et de la volonté des sociétés helvétiques d’améliorer leur CFROI (rendement interne du capital investi) et à le maintenir à un niveau supérieur à celui de beaucoup de leurs pairs à l’international.

Au vu de l’expérience passée, les investisseurs peuvent être assurés que les prises de décision ont toujours été guidées par la méritocratie et les besoins des entreprises. Jusqu’ici, la composition des conseils d’administration et des comités exécutifs n’a guère été entravée par la réglementation. Des avancées sont ainsi encore envisageables en termes de parité homme-femme, et des candidats à haut potentiel sont disponibles pour servir les intérêts des entreprises suisses.

L’initiative Minder est un modèle

A la suite de l’initiative Minder, les investisseurs institutionnels et les sociétés suisses semblent avoir adopté une meilleure gouvernance. Les assemblées générales font l’objet d’une plus grande attention que par le passé. Malgré l’importance accordée à la rémunération, aucun signe ne laisse penser que les profils de niveau supérieur aient dû être négligés. De même, les mesures politiques n’ont pas dissuadé les talents étrangers de rejoindre les équipes de direction en Suisse.

Les discussions sur la rémunération ne devraient pas se faire au détriment des échanges sur la stratégie de la société, et sur la composition de son conseil d’administration et de son comité exécutif. Le fait qu’il y ait davantage d’opportunités de discussion devrait encourager de plus en plus la promotion de la méritocratie au sein des sociétés. L’initiative Minder est donc à saluer, et montre la voie à l’international dans la gouvernance d’entreprise. C’est une étape très utile pour inciter les actionnaires à assumer leurs responsabilités avec sérieux, notamment s’agissant de leur influence sur les nominations au conseil d’administration. Les cas de hauts dirigeants avec des rémunérations excessives semblent désormais appartenir au passé.

Ne pas céder à des approches parfois inefficientes

Les investisseurs et les sociétés devraient demeurer engagés en faveur de la méritocratie et ne pas céder à des approches parfois inefficientes, ou aux propositions politiques ou économiques émises par les services de vote par procuration. Il est primordial de rester en contact direct avec les sociétés, afin de comprendre leurs motivations pour la composition de leur conseil d’administration et de leur comité exécutif. C’est un fait peu connu, mais les services de vote par procuration ne sont pas contraints de contacter les entreprises pour émettre leurs recommandations de vote. De plus, la pertinence de ces recommandations peut être remise en cause dans certains cas, celles-ci pouvant être émises ou non à la suite de prestations de conseil dispensées par ces mêmes agences. Or, se contenter d’accepter les recommandations d’une agence pourrait être extrêmement préjudiciable à la tradition de la méritocratie dans la composition du conseil d’administration. A cet égard, il ne devrait pas y avoir de règles quantitatives (nombre d’années de service, par exemple); seules les personnes les plus aptes à répondre aux besoins de l’entreprise devraient siéger au conseil.

Cette tradition suisse de méritocratie risque toutefois d’être remise en question par la nouvelle réglementation européenne MiFID II. Rationalisation oblige, il est fort probable qu’elle conduise à un moindre contrôle des sociétés cotées de petite taille, et donc à une moindre volonté de la part des investisseurs et des entreprises de préserver les niveaux élevés de méritocratie bâtis ces trente dernières années.

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