Merrill Lynch Bank (Suisse) étoffe son offre alternative. Sa cible: les clients très fortunés qui souhaitent un portefeuille personnalisé d'investissements en direct dans des «single managers».

Pour y répondre, la filiale helvétique du géant américain lance à Genève un joint-venture. Ce dernier va élaborer et gérer de façon discrétionnaire des portefeuilles dédiés (managed accounts) pour cette clientèle. L'initiative est le fruit d'un partenariat avec Erickson Capital Management, société fondée par Jeffrey Erickson. Cet Américain au bénéfice de quinze ans d'expérience dans le domaine fut un pionnier de la gestion alternative chez Mirabaud & Cie aux côtés de l'associé Pierre Mirabaud. Il répond au Temps avec Kristoffer Jonsson, chef de la stratégie de développement chez Merrill Lynch Bank (Suisse).

Le Temps: Pourquoi avoir choisi Genève pour ce joint-venture?

Jeff Erickson: Genève est un centre historique tant pour la gestion alternative que pour la clientèle privée. Or de plus en plus de personnes aisées recherchent des solutions «à la carte» dans les hedge funds. Ce joint-venture veut répondre à cette évolution. La réputation sûre de la place financière suisse alliée à la perception parfois risquée qu'ont les clients des hedge funds s'équilibrent idéalement ici. Genève est le lieu idéal pour gérer des portefeuilles globaux, sans compter la quiétude et le recul que l'on peut prendre ici par rapport à des places plus agitées comme Londres, tout en étant dans le bon fuseau horaire.

Kristoffer Jonsson: Du point de vue de Merrill Lynch, nous avons des initiatives partout dans le monde dans les hedge funds. Celles-ci entrent dans notre stratégie globale d'offrir de larges capacités d'investissements alternatifs pour la clientèle. A Genève notre offre avait le potentiel d'être étoffée, du fait de la forte présence d'investisseurs sophistiqués ici. Jusque-là, nous offrions des fonds de fonds multistratégies, ou des combinaisons des stratégies. Mais les besoins des clients évoluent. Ils veulent investir en direct dans des managers choisis sur mesure et définir le rendement et le risque, l'exposition, les stratégies et la liquidité.

- Avec des managed accounts, aurez-vous plus de transparence qu'un fonds de fonds pour éviter un cas «Brian Hunter» (ndlr: le gérant star déchu d'Amaranth)?

- J. E.:Nous avons des relations privilégiées bâties sur le long terme avec les gérants, car nous ne nous présentons pas à eux comme un fonds de fonds de plus, mais comme les intermédiaires de clients très fortunés et sophistiqués. Néanmoins la transparence ne sera pas à 100% sur chacune des multiples positions de chacun des 15 à 25 gérants que nous pourrons inclure dans un portefeuille. D'une part les meilleurs gérants n'acceptent pas une totale transparence, d'autre part l'utilité d'avoir la totalité des informations est discutable. Nous passons énormément de temps à analyser les gérants. Nous rencontrons des centaines de fonds chaque année, mais investissons dans moins de 5% d'entre eux. Cela nous permet d'acquérir une connaissance approfondie de ces gérants, ainsi que de leur style d'investissements. Ayant dressé le comportement attendu de chaque gérant, nous détecterons un bond soudain de la volatilité ou un schéma de rendements différent.

- A combien sont les commissions?

- K. J.: Les commissions d'un managed account se négocient directement avec chaque client. Plus la taille du compte est grande, plus le tarif sera avantageux. Pour entrer dans ce produit, il faut au moins 20 millions de dollars pour avoir une diversification appropriée. Les commissions de départ sont comparables à celles des fonds de fonds. Avec la personnalisation en plus!