«Cette année, nous avons atteint un niveau record d'avoirs sous gestion et de revenus», se félicite Nicholas Stonestreet. Après 18 mois en poste à Genève, le CEO de Merrill Lynch Bank (Suisse) s'apprête à retourner à la maison mère américaine pour poursuivre d'autres défis.

Cette année, les avoirs de clientèle gérés par Merrill Lynch depuis Genève et Zurich ont progressé de 20%, à 12,5 milliards de dollars, et les revenus ont crû de presque autant. Certes, la croissance s'explique aussi par une faible base de départ. A titre de comparaison, la filiale suisse gère autant que la banque privée genevoise Mirabaud, et la moitié de sa rivale JP Morgan Private Bank (Suisse).

Merrill Lynch Bank (Suisse) affirme cibler avec succès les fortunes de plus de 25 millions de dollars, soit les clients «Ultra High Net

Worth»: «Leur nombre a augmenté chez nous de 31% cette année», précise Nicholas Stonestreet. Cette clientèle, qu'il surnomme «privatutional», se situe au croisement entre «private» et «institutional», les privés exigeant désormais un service similaire aux institutionnels.

La banque a donc étendu à ces investisseurs ses outils sophistiqués d'investissement et d'analyse du risque. Dans un environnement qui promet d'être difficile ces prochaines années pour les placements, les clients se concentrent sur la minimisation des pertes. Kristoffer Jonsson, directeur des investissements, explique que Merrill

Lynch utilise trois mesures de risque. L'écart-type (mesure statistique de la volatilité) tient compte à la fois du risque à la hausse et à la baisse. Le «semi-écart-type», ou écart-type négatif, se mesure par rapport au rendement moyen, au rendement minimum acceptable, ou par rapport à zéro. «On le privilégie pour mesurer spécifiquement le risque à la baisse», souligne Kristoffer Jonsson. Quant à la Value at Risk (VaR), ou perte maximum potentielle sur le portefeuille, elle est exprimée en montant absolu, avec un certain pourcentage de confiance. Exemple: si la VaR est de 5 millions de dollars, pour un niveau de confiance de 95%, cela signifie une probabilité de 1 sur 20 (5% sur 100%) d'encourir une perte à hauteur de ce montant ou plus. «Si le client ne peut accepter ce niveau de risque, il faut adapter l'allocation d'actifs», indique Kristoffer Jonsson.

La banque s'astreint à communiquer aux clients la valeur à risque sur base journalière pour les placements traditionnels, et sur base mensuelle pour les hedge funds. Elle pratique une architecture ouverte «gérée», c'est-à-dire intelligemment sélective. «Si les gérants externes que nous sélectionnons ne nous offrent pas une transparence journalière sur les positions de leurs fonds afin de calculer la VaR, nous les excluons», affirme Michel Wuest, stratégiste de la banque.

Le meilleur rendement possible

Les clients de Merrill Lynch sont souvent des entrepreneurs, qui ont monétisé une partie des actions détenues dans leur entreprise pour la placer auprès de la banque. Lors de la composition du portefeuille, celle-ci visera donc à trouver la meilleure combinaison risque/ rendement étant donné la situation financière du client. Il s'agira de sélectionner des fonds dont les risques et rendements combinés permettent d'optimiser la «frontière efficiente» de l'ensemble du portefeuille, soit la courbe du meilleur rendement possible pour un certain niveau de risque. La diversification des actifs joue un rôle clé. Michel Wuest démontre qu'un portefeuille composé à 20% d'actions et à 80% d'obligations verra sa frontière efficiente s'améliorer si l'on remplace 15% des obligations par 5% de titres à haut rendement et 10% de hedge funds.