A la fin des années 1990, Merrill Lynch rachetait la société de fonds de placements Mercury Asset Management, devenue depuis Merrill Lynch Investment Managers (MLIM). Et cela fait maintenant quatre ans que Ewen Cameron Watt, le patron de la stratégie d'investissement à Londres, se rend deux fois par année à Zurich pour rencontrer ses clients, prioritairement des institutionnels. La Suisse représente en effet un marché important puisque 60 fonds sont autorisés à la vente.

Si le voyage pouvait s'apparenter avant le krach boursier de l'an 2000 à une agréable cerise sur un gâteau en pleine croissance, nul doute qu'aujourd'hui, avec l'émiettement de celui-ci, il prend toute sa valeur. Désorienté, le client a besoin de ces rencontres même si les propos de son interlocuteur ne sont pas particulièrement rassurants. «C'est ainsi que l'on construit une relation sur le long terme: en rencontrant les gens et en leur disant la vérité», a-t-il affirmé au Temps lors de son dernier déplacement en Suisse la semaine dernière.

Toute vérité étant bonne à dire, le message de Ewen Cameron Watt va à l'encontre d'une récente tendance réconfortante qui consistait à gagner très honnêtement de l'argent avec les obligations. «Je n'aime pas beaucoup les obligations en ce moment. Pour détenir des instruments à revenus fixes, il faut croire à la déflation, note-t-il. Ce n'est pas mon cas. Je pense que l'économie va croître, même modérément.» Le transfert d'une classe d'actifs à une autre s'avère d'autant plus judicieux que les actions restent bon marché malgré le rally actuel.

Le message n'est que partiellement entendu, la mode restant aux obligations et aux produits alternatifs. Ces derniers rencontrent un gros succès chez MLIM. «Les produits à rendement absolu marchent fort en ce moment. Par contre, nous proposons peu d'instruments à capital garanti car ils sont onéreux pour le client» explique Ewen Cameron Watt.

Le désamour des investisseurs pour la Bourse ne s'est pas traduit par une diminution significative de l'offre de fonds de placement. «La palette doit être large et ne pas se contenter des dernières nouveautés, remarque notre interlocuteur qui, longtemps actif sur les marchés émergents, se souvient: «Après la crise russe en 1998, plus personne ne voulait détenir des obligations d'Etat. Or, depuis, elles ont offert des rendements très importants. Conserver toute la gamme des produits montre que l'on reste dans la course, même quand un fonds ne réalise pas des performances élevées, comme ceux investis dans la dette des pays émergents aujourd'hui. Cela nous permet également de conserver des compétences dans la maison.»

Ewen Cameron Watt ne nous dira pas si l'apport net d'argent dans les fonds de MLIM en Suisse est positif cette année: «Nous ne communiquons pas de données par pays, ce ne serait pas correct pour les investisseurs existants. Mais nous sommes très heureux avec le développement des affaires en Suisse. Nous avons notamment gagné des parts de marché grâce aux canaux de distribution tiers.»