Qui parle de mauvaises nouvelles? D’aujourd’hui à Noël, 2,75 millions d’individus vont sortir de l’extrême pauvreté dans le monde, selon Johan Norberg, l’auteur de «Progress». Le capitalisme fonctionne! Ignorons donc les complaintes de la nouvelle gauche, «un tiers-mondiste, deux tiers mondains» pour reprendre Charles Gave.

Plus de 500 000 personnes vivent dans la pauvreté en Suisse, affirme pourtant le Conseiller fédéral socialiste Alain Berset («La pauvreté: un fait en Suisse», Le Courrier, 24.11). Sa définition permet de mieux comprendre les raisons du rejet des élites. Le sens des mots est détourné. La pauvreté serait fonction de l’incapacité de se payer ce qui est nécessaire pour être intégré dans la société. Faut-il prendre en compte l’iPhone 6? On dépasse scandaleusement l’idée initiale de satisfaction des besoins fondamentaux, de dénuement, d’indigence. Qui s’étonnera encore de l’expansion du rôle de l’État?

Suisse: 10 sur 10 en termes de liberté de mouvement

Pauvre? Non, la Suisse est prospère et ouverte: elle obtient un 10 sur 10 en termes de «liberté de mouvement» à l’indice de «liberté humaine», publié le 29 novembre par le Cato Institute. Cet indice a la particularité de combiner la liberté économique et la liberté personnelle (c’est-à-dire la protection par la loi, la sécurité et l’existence des libertés civiles, telles que les libertés d’expression, de religion, d’association).

En Suisse, comme ailleurs, l’électeur n’accepte plus les faux messages et, s’il en a l’occasion, il le fait savoir. La Grande-Bretagne rejette une UE centralisatrice qui bafoue les besoins de démocratie et de légitimité. Aux Etats-Unis, le citoyen renvoie Hillary Clinton à sa fondation. Et en France, il choisit un candidat de droite authentique qui a l’outrance de parler de libéralisme et de valeurs chrétiennes.

La même logique produit les mêmes effets en Italie. Le citoyen souligne à travers le non au référendum un refus de la politique impopulaire de Matteo Renzi. Mais ne soyons pas naïfs! Il serait pour le moins prématuré de prévoir la fin de l’euro. La question portait sur une réforme institutionnelle que le Premier Ministre a voulu lier à son poste, mais pas davantage.

Mario Draghi, le gardien de l’Italie et de l’euro

La volonté des institutions européennes de soigner les symptômes plutôt que de s’attaquer aux causes ne va pas disparaître après le vote de dimanche. La BCE détient 14% de l’encours de la dette italienne. Son bilan a explosé et représente maintenant 35% du PIB de la zone euro. «C’est l’institution sans laquelle l’euro aurait disparu depuis longtemps», affirme Daniel Stettler, auteur de «Eiszeit in der Weltwirtschaft». Ni Mario Draghi, le président de la BCE, ni les autorités de Bruxelles, ni les gouvernements allemand et français ne veulent mettre un terme à la monnaie unique. La faillite du débiteur italien est donc exclue.

A court terme, il faudra bien gérer les «difficultés» des banques italiennes. Les règles en vigueur dans l’UE seront donc encore moins respectées. Les taux à 10 ans sur la dette italienne se sont d’ailleurs nettement tendus ce lundi afin de mieux refléter le prix du risque italien.

Contrairement aux Etats-Unis, la hausse des taux italiens traduit une augmentation du risque de crédit et non une reprise de la conjoncture. Le PIB de la péninsule est encore 9% plus bas qu’avant la crise. Une situation logique, sous l’angle économique, si l’on sait que le taux de change est surévalué de 20 à 30% en Italie.

Après le non du peuple, la parole est donc à Mario Draghi. S’il s’inscrit dans la logique de «reflation», soit d’une haute conjoncture et d’une hausse des prix, il devrait mettre un terme à l’assouplissement quantitatif (QE). Mais s’il veut continuer à faire le jeu «populisme», son objectif monétaire sera de guider à la baisse la courbe des taux italiens.

Le prix du capitalisme?

La pire nouvelle de la semaine vient des Etats-Unis: Donald Trump n’a pas trompé le peuple sur ses intentions de sauver les emplois industriels à n’importe quel prix. Le groupe Carrier, appartenant à United Technologies, ne délocalisera pas au Mexique. Mais le prix de cette politique est extrêmement lourd.

Pour Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor, «c’est un changement pour le pire des hypothèses de base du capitalisme américain». L’actuel professeur à Harvard a raison de renchérir: «Certains des pires abus de pouvoir ne sont pas ceux qu’un président inflige à son peuple. Ce sont les actes que les individus demandent de leurs leaders». Ce protectionnisme coûtera cher aux Etats-Unis. L’Europe, dans son réveil démocratique, saura-elle en profiter en 2017?


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