La Banque centrale européenne (BCE) va-t-elle intervenir pour stopper la progression de l'euro? La Réserve fédérale américaine se joindra-t-elle à une intervention en vendant la devise européenne? Echos des marchés.

Gonzalo Ortiz, cambiste chez LODH à Genève: «Les récentes déclarations des officiels européens ont constitué une véritable surprise. Mais la BCE ne devrait pas intervenir avant que la barrière de 1,3 à 1,32 dollar ne soit franchie. Je ne pense pas que la Fed va y prendre part. Je vois davantage une concertation avec la Banque du Japon. Même si les Américains ont toujours répété par la voix de John Snow qu'ils se tenaient à la politique du dollar fort, ils profitent de sa faiblesse. En fait, le secrétaire au Trésor n'est plus guère crédible. Cela étant, on ne sait pas ce qui s'est réellement dit pendant le dernier G7 et une intervention concertée constituerait une véritable surprise.»

José-Manuel Luna, cambiste à la BCV à Lausanne: «Je ne crois pas que la BCE va intervenir. Elle ne l'avait pas fait en début d'année sur les mêmes niveaux. D'accord les exportations souffrent un peu, mais un euro fort démontre aussi que les flux financiers favorisent l'Europe. De plus, le renforcement de la monnaie unique limite les risques inflationnistes, ce qui permet à la BCE de ne pas monter les taux d'intérêt. Selon moi, elle n'interviendra pas avant la zone de 1,38 ou 1,4. A ce niveau, la Fed pourrait être de la partie, car une extrême faiblesse du billet vert n'est pas dans son intérêt. Elle sape plutôt la confiance des investisseurs.»

Emmanuel Locatelli, responsable de l'arbitrage devises chez UBP à Genève: «La BCE ne devrait pas intervenir avant le seuil de 1,35 contre un dollar. Cela va prendre du temps avant que les Européens ne se mettent d'accord. Car la vigueur de l'euro offre également des avantages. Ce phénomène limite le poids de la facture pétrolière. Ce scénario serait toutefois remis en question si un brusque mouvement survenait à très court terme, si le niveau de 1,32 était balayé ces prochains jours. Je n'imagine pas que la Fed participera à une intervention: les Etats-Unis sont très contents avec un dollar faible, qui limite les déficits.»