L’horizon économique de la zone euro se dégage. La Banque centrale européenne (BCE) a révisé jeudi sa prévision du taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) pour 2016 à la hausse à 1,6%, contre 1,4% estimé en mars dernier. L’inflation – la BCE veille à la stabilité des prix – connaîtra également une amélioration par rapport à la précédente estimation – elle passera de 0,1% à 0,2% en 2016 et s’approchera plus de sa cible annuelle de 2% en 2017 et en 2018. «La reprise s’installe à un rythme modéré, mais régulier», s’est félicité Mario Draghi le président de la BCE, jeudi à l’issue de la réunion des gouverneurs.

Mario Draghi s’est toutefois gardé de tout triomphalisme. Il a affirmé que le programme de rachat d’actifs publics à hauteur de 80 milliards d’euros (environ 88 milliards de francs) par mois se poursuivra jusqu’en mars 2018 et au-delà si nécessaire. Parallèlement, la BCE a laissé ton taux d’intérêt inchangé à son niveau historique bas, dans le but d’assurer l’accès au crédit tant aux entreprises qu’aux ménages. «Le fait que la Réserve fédérale américaine prévoit d’augmenter la hausse des taux d’intérêt ne devrait pas modifier la politique monétaire de la zone euro», a expliqué Mario Draghi.

Comme il le dit à chaque occasion, le président de la BCE a affirmé qu’il maintiendra une politique monétaire accommodante aussi longtemps que nécessaire et surtout, qu’il est prêt à prendre toute autre mesure qui s’imposerait afin de garder l’économie de la zone euro sur la bonne piste. Il a rappelé toutes les mesures prises à ce jour n’ont pas encore déployé leur impact qui, selon lui, seront bénéfiques.

Et il y a aussi des mesures qui ont été annoncées en mars dernier et qui doivent encore entrer en vigueur. Le Corporate Sector Purchasing Programme (CSPP) – rachat des titres du secteur privé – démarrera le 8 juin prochain. Puis, la Long Term Refinancing Operation (LTRO) – une facilité aux banques d’accéder aux crédits à presque zéro coût afin qu’elles prêtent elles-mêmes aux entreprises et aux ménages – sera en vigueur à partir de 22 juin.

«Les mesures prises par la BCE doivent être complétées par des actions tant par chacun des Etats de la zone euro que collectivement par Bruxelles, a poursuivi Mario Draghi. Chaque Etat doit accélérer les réformes structurelles.» Il a appelé à augmenter la compétitivité et à améliorer l’environnement des affaires dans la zone euro. Au niveau plus global, la BCE a déclaré que les investissements publics, notamment dans les infrastructures, sont indispensables pour donner une impulsion à la croissance et à l’emploi. Le patron de la BCE a salué la volonté de pérenniser le programme d’investissement de la Commission européenne, plus connu sous le nom du plan Juncker. Celui prévoit de mobiliser 315 milliards d’euros entre 2015-2018 pour financer des projets créateurs d’emplois.

Enfin, Mario Draghi a tenu à mettre en garde contre les risques pouvant faire dérailler la zone euro: la baisse de la demande pour les exportations européennes dans les pays émergents, le ralentissement des réformes dans la zone euro et de nouvelles crises géopolitiques.

Sur un tout autre registre, la BCE était attendue sur une décision importante liée à la Grèce. Il s’agissait de rouvrir son robinet de crédits aux banques grecques. Cette facilité a été suspendue en février dernier, ce qui les oblige à emprunter à des tarifs onéreux. Mario Draghi a justifié son refus en disant que l’Etat grec n’a pas encore mis en œuvre toutes les mesures réclamées par la BCE.