Les bourses européennes ont bondi mardi après l’annonce par la banque centrale chinoise de mesures de relance de la deuxième économie mondiale, dont le ralentissement brutal a semé la panique chez les investisseurs.

La Banque populaire de Chine a décidé d’abaisser de 0,25%, à 4,60%, le taux d’emprunt à un an qui sert de référence, tout en abaissant les réserves obligatoires des banques, autorisées à prêter davantage.

Cette dernière mesure équivaut à une injection massive de liquidités dans l’économie.

A la suite de cette décision, les bourses de Paris et de Milan prenaient plus de 4%, Francfort, Londres et Madrid plus de 3%.

Wall Street a rebondi à l’ouverture, au lendemain de sa pire séance depuis quatre ans: le Dow Jones prenait 0,87% et le Nasdaq 3,51%.

Observateurs et hommes politiques s’interrogeaient sur les répercussions de la grande instabilité boursière des marchés sur l’activité économique, alors que les banques centrales ont utilisé tous les moyens à leur disposition pour la soutenir.

Tous les regards vont désormais se tourner vers l’ouverture de Wall Street, qui a lourdement chuté lundi.

Taux d’intérêt abaissés

La banque centrale chinoise (PBOC) a abaissé mardi ses taux d’intérêt, pour la cinquième fois depuis novembre: un nouvel effort pour soutenir une économie à la peine et pour rassurer les investisseurs, sur fond d’effondrement des Bourses locales.

A partir de mercredi, le taux de prêts à un an et le taux des dépôts à un an seront abaissés de 25 points de base et ramenés respectivement à 4,60% et 1,75%, a annoncé l’institution sur son site internet.

Simultanément, la banque centrale va abaisser de 50 points de base les ratios des réserves obligatoires imposés à certains établissements financiers, une mesure censée leur permettre de prêter davantage.

Ces nouveaux assouplissements monétaires étaient largement attendus, alors que la conjoncture ne cesse de s’assombrir dans la deuxième économie mondiale.

Entre autres, les exportations chinoises --un pilier de croissance-- ont chuté de plus de 8% en juillet, la production industrielle ralentit fortement, et l’activité manufacturière s’est violemment contractée en août selon un indicateur PMI de référence tombé au plus bas depuis six ans...

«On s’y préparait, mais cette nouvelle baisse des taux arrive plus tôt que prévu», a indiqué à l’AFP Wendy Chen, analyste de Nomura. «C’est une décision sans doute liée aux statistiques moroses, mais aussi à la débandade boursière des derniers jours».

De fait, la bourse de Shanghai a dévissé de 7,63% mardi, après avoir perdu 11% la semaine dernière et s’être effondrée lundi de 8,49% - sa plus forte baisse journalière en huit ans - dans un climat d’affolement général. Elle a perdu plus de 40% depuis mi-juin.

Pire: ces plongeons répétés ont attisé les craintes sur l’essoufflement de l’économie chinoise et plombé les marchés mondiaux, qui ont décroché de concert lundi.

De quoi s’interroger sur l’impuissance de la Chine à stabiliser ses Bourses, en dépit d’interventions répétées des autorités depuis fin juin - notamment via des achats massifs de titres par des organismes publics.

«Le gouvernement s’efforçait de revigorer les Bourses à coups d’achats d’actions» mais «il semble avoir changé de tactique avec ces abaissements simultanés des taux d’intérêt et des ratios de réserves obligatoires», réagissait Mark Williams, du cabinet Capital Economics.

«La décision pourrait effectivement stopper la dégringolade boursière, mais la principale motivation (de la PBOC) reste peut-être surtout de rétablir la confiance perdue dans la situation de l’économie», tempérait-il.

Certes, les autorités ont multiplié les mesures de soutien à l’activité, et la PBOC a elle-même abaissé ses taux d’intérêts par quatre fois entre novembre 2014 et juin 2015 -- mais sans grand succès, entretenant un scepticisme croissant sur la politique suivie.

A telle enseigne que, selon des analystes, les liquidités ainsi dégagées ont plus contribué à gonfler la bulle des marchés boursiers qu’à aider l’économie réelle.

L’activité reste terne et les indicateurs décevants se succèdent.

Dans ce contexte, la soudaine dévaluation du yuan il y a deux semaines --largement perçue comme un effort désespéré de Pékin pour doper ses exportations-- n’a fait qu’exacerber l’angoisse générale.

Les autres grands marchés asiatiques se sont repris quelque peu mardi avant de replonger. Tokyo a clôturé en baisse de près de 4%, au plus bas en six mois et Hongkong perdait 0,37% en séance.

En revanche, Séoul finissait la journée sur un gain de 0,92% et Sydney de 2,72%.