Metalor a des ambitions. Même de grandes velléités d’expansion et de croissance. Que ce soit de manière géographique ou via des acquisitions, Hubert Angleys, directeur général de la société neuchâtelois, veut nettement accroître le chiffre d’affaires du leader mondial de l’affinage et de la transformation de métaux précieux. Pour y parvenir, le groupe étend notamment ses capacités de production en Suisse et en Chine.

Le Temps: Comment s’est déroulé le premier semestre pour vous, après un recul des ventes de 2,7% l’an dernier?

Hubert Angleys: Il convient tout d’abord de préciser que nous disposons de trois secteurs d’activité relativement différents, avec comme point commun les métaux précieux. Ils sont bien équilibrés, représentant chacun environ un tiers de nos ventes. Cet avantage se couple à un autre: celui d’une répartition géographique quasiment égale, soit 40% pour l’Europe, 30% pour l’Asie et 30% pour le continent américain. Le tout permet de lisser les risques et les aléas conjoncturels, même si nos secteurs sont tous plus ou moins sensibles aux cours des métaux précieux, avec des effets de levier bien différents. En ce qui concerne le premier semestre 2013, nous nous trouvons légèrement en dessous des résultats atteints l’an dernier.

– Et par secteur?

– Dans l’affinage, nous avons bien performé, compte tenu de la fluctuation des cours des métaux précieux, avec notamment une diminution brutale du prix de l’or, qui a perdu 300 dollars en quelques jours au mois d’avril. Cela a une double incidence pour nous. Une partie de notre chiffre d’affaires est un multiple des cours de l’or, donc, il y a un effet sur nos ventes et sur notre profitabilité. Cela a aussi une incidence sur le volume des déchets d’or que nous traitons pour le compte de nos clients. Ces répercussions sont cependant très difficiles à quantifier. Notre activité de refonte de lingots a, quant à elle, connu un développement important.

– Et les deux autres, moins connus du grand public?

– Dans les produits chimiques, qui se composent de trois activités – produits pour la galvanoplastie, équipements de placage et poudres de métaux précieux pour l’électronique – la situation est plus contrastée. Sans rentrer dans les détails, l’électronique souffre du ralentissement du marché des ordinateurs personnels par rapport aux tablettes, qui elles nécessitent moins, ou de plus petits composants utilisant des métaux précieux. Ensuite, l’entreprise japonaise que nous avons rachetée en 2011 à NECC se porte très bien. A tel point que nous allons développer cette activité en Corée du Sud, produisant principalement pour l’industrie électronique des composés chimiques à base de métaux précieux et des équipements destinés à l’électro-plastie. Enfin, nos activités de poudres d’argent progressent par rapport à 2012 sans toutefois atteindre nos attentes en 2013, notamment en raison d’un secteur photovoltaïque très morose. Nous percevons cependant des signaux de reprise aux Etats-Unis et en Chine.

– Vous êtes aussi actifs dans le cuivre…

– Nous utilisons le cuivre pour fabriquer des pièces de contact, destinées aux interrupteurs électriques, disjoncteurs, etc. C’est un segment indexé à la construction immobilière. En Europe, le marché reste calme, alors que l’on perçoit un redémarrage aux Etats-Unis. D’ailleurs notre usine mexicaine tourne à plein régime. La Chine est un marché relativement nouveau pour nous. Nous sommes en train de construire une usine à 20 millions de francs à proximité de Shanghai, qui devrait être terminée à la fin de l’année, avec à la clé la création de 140 emplois.

– Comment atténuer tous les effets de cette volatilité?

– Pour les métaux précieux, nous nous appuyons sur des études publiées par des cabinets spécialisés et des banques et en faisons la synthèse. Tout reste cependant très aléatoire et fluctuant, ces études projetant une évolution des cours des métaux précieux diamétralement opposée il y a encore un mois. Désormais, il semble que le prix de l’once d’or devrait se stabiliser entre 1200 et 1300 dollars.

– Quelles sont vos perspectives?

– Le deuxième semestre ne devrait pas être en mesure de compenser le recul du premier. Dans l’absolu, nos chiffres devraient être en deçà de ceux de 2012 [ndlr: ventes nettes de 379 millions de francs, marge opérationnelle de 24%, bénéfice net de 46 millions]. Vu le contexte économique, c’est un bilan globalement positif mais pas satisfaisant au vu des objectifs fixés. Metalor reste toutefois une entreprise extrêmement profitable, avec des activités bien réparties et de solides liquidités. L’évolution du cours de l’or a engendré une situation tout à fait nouvelle. Cela devrait favoriser une réorganisation du marché. A nous d’en tirer profit.

– Et à moyen terme?

– Nous poursuivons un double objectif, très ambitieux. D’abord, la croissance organique. Nous y travaillons de manière soutenue. Cela n’est pas facile sur un marché globalement en déclin. Metalor doit donc prendre des parts de marché et les chercher chez ses concurrents. Ensuite, la croissance externe. Nous disposons d’un cash-flow important pour des acquisitions. Nous avons identifié environ une vingtaine d’entreprises cibles, avec lesquelles certains dossiers sont bien avancés. Nous sommes acheteurs mais il n’y a pas forcément de vendeurs. La volonté du conseil d’administration et de la direction est cependant très claire: d’ici à trois ans, développer le chiffre d’affaires de Metalor à un niveau bien supérieur à celui d’aujourd’hui.

– Qu’en est-il d’une diversification?

C’est l’un des objectifs poursuivis. Elle sera double. Premièrement, se positionner sur des segments où nous ne sommes pas encore actifs, via une ou plusieurs acquisitions qui devront être complémentaires avec nos activités. Deuxièmement, nous poursuivons une diversification géographique dans les pays où nous ne sommes pas présents, comme l’Amérique du Sud.

– A l’aune de l’essor de l’horlogerie suisse, des regrets d’avoir abandonné ce segment en 2010?

– Metalor compte beaucoup de clients horlogers. Nous traitons leurs déchets d’or et de platine, et les affinons, même après avoir abandonné la fabrication de composants horlogers. Il s’agit toutefois d’un métier tout à fait différent, que nous ne prévoyons pas de reprendre.

– Où en est le projet Laténor, contraction de La Tène et de Metalor?

– Nous avons obtenu toutes les autorisations à la mi-février, dont le permis de construire. Le cahier des charges a été finalisé, l’appel d’offres a été lancé. On escompte désormais le premier coup de pioche d’ici à la fin de l’année. Metalor devrait investir environ 20 millions de francs dans l’extension de son site de Marin, plus précisément à La Tène.

– Va-t-il générer des postes de travail supplémentaires?

– La création de nouveaux emplois dépendra du développement de nos affaires. Pour l’heure, nous employons 350 personnes en Suisse et 1750 au total. Cet agrandissement permettra surtout de regrouper nos activités sur un seul site. Il abritera des surfaces administratives, de laboratoire et de stockage, réparties sur 4000 m2. Les bâtiments dans lesquels se trouve le site de production de Neuchâtel sont destinés à être vendus, mais nous resterons dans l’immeuble voisin où se trouve le siège de l’entreprise.

– Vous venez d’inaugurer une nouvelle usine à Singapour. L’avenir de Metalor est-il davantage à l’étranger qu’en Suisse?

– Nos relais de croissance se trouvent en Suisse et dans toutes les régions à fort développement. Il est cependant vrai qu’au vu de notre présence globale, avec des activités dans 17 pays et 32 sites, et suite aux différentes acquisitions réalisées ces dernières années, la part de la Suisse dans notre chiffre d’affaires diminue. Elle est ainsi passée de 30% il y a trois ans à moins de 20% aujourd’hui.

– Songez-vous à délocaliser?

– Absolument pas. Nous sommes très liés au «Swiss made», symbole de qualité et d’innovation. Ces aspects donnent une crédibilité supplémentaire au groupe et à la valeur ajoutée qu’il crée pour ses clients et pour l’économie du pays. Nous tenons énormément à notre implantation en Suisse.

– La majorité de Metalor est détenue depuis quatre ans par Astorg Partners, société de private equity. Qui sont les autres actionnaires?

– Astorg détient la majorité du capital, avec 51% des parts. Un fonds d’investissement belge possède 8% et 34% sont entre les mains d’actionnaires historiques et privés. Le solde, soit 7%, est détenu par des collaborateurs.

– Quand Astorg va-t-il sortir du capital?

– En effet, le modèle économique d’un fonds d’investissement est d’acheter une entreprise, d’en augmenter la valeur, puis de la vendre. Aujourd’hui, cependant, il n’existe aucun projet concret de cession de Metalor. Les actionnaires majoritaires ne sont pas positionnés dans le temps.