Le travail de fond de Peter Brabeck, patron de Nestlé, porte ses fruits. Le numéro un mondial de l'alimentation a présenté mercredi d'excellents résultats semestriels. Les ventes et les marges de la multinationale augmentent très nettement grâce à la nouvelle stratégie du groupe qui concentre ses efforts sur des produits à plus forte valeur ajoutée comme les eaux minérales et l'alimentation pour les animaux de compagnie. Un environnement macroéconomique favorable permet à Nestlé de présenter un tableau particulièrement flatteur.

Les ventes consolidées se sont inscrites à près de 39 milliards de francs sur les six premiers mois, en hausse de 9,9% par rapport à la même période de 1999. Le bénéfice d'exploitation s'affiche à 4,3 milliards, en hausse de 24%. La marge opérationnelle s'accroît sensiblement pour atteindre 11,1%, contre 9,8% au 1er semestre 1999. Quant au bénéfice net, il progresse de près de 35%, à 2,8 milliards de francs. Soit nettement plus que celui des principaux concurrents européens de Nestlé comme Danone par exemple, dont le résultat n'a crû que de 13% au premier semestre. Le groupe veveysan a bénéficié de deux éléments extérieurs à son fait lors de cette moitié d'exercice: l'appréciation du dollar et la baisse du cours des matières premières comme les fèves de cacao ou le café.

Signe très encourageant selon Jérôme Schupp, de la Banque Syz, ces bonnes performances s'expliquent en grande partie par la croissance interne réelle du groupe qui atteint 4,5% contre 2,1% un an plus tôt. «Un objectif de croissance de 4% par an avait été fixé il y a des années sans jamais être atteint, estime notre interlocuteur. Cette performance de 4,5% sur le semestre paraît donc exceptionnelle». Toutes les régions et tous les secteurs ont contribué à l'embellie. Les marchés émergents comptent parmi les sources de revenus les plus dynamiques du groupe tout comme les produits pharmaceutiques (à savoir Alcon, spécialiste des produits ophtalmologiques) dont la rentabilité est environ deux fois supérieure à celle du secteur alimentaire.

«L'amélioration du système logistique et les économies réalisées grâce au programme de restructuration dans le domaine de la production (ndlr: qui permet des réductions de coûts de 600 millions de francs par an) expliquent aussi cette excellente performance», souligne Pierre Tissot, de Lombard Odier & Cie. Pour ce dernier, la «touche» Brabeck s'exprime à différents niveaux. Dans le domaine du marketing par exemple, Nestlé dépense moins en proportion de son chiffre d'affaires mais se concentre sur quelques grandes marques, à l'instar de Nescafé. La direction de la firme a aussi nettement amélioré son système de reporting, ce qui lui permet de gérer au plus près les affaires en fonction des variations des marchés selon les divers pays et secteurs.

«Helmut Maucher restera comme l'homme des grandes acquisitions, à l'instar des rachats de Buitoni et Perrier par exemple, et de la croissance par l'accroissement des ventes. Peter Brabeck a lui initié des désinvestissements ciblés pour mieux se focaliser sur les segments du marché qu'il estime les plus profitables», note Jérôme Schupp. Sur ce premier semestre, Nestlé a d'avantage désinvesti qu'investi, sûrement du jamais vu dans l'histoire récente du groupe. Les ponts ont ainsi été coupés avec la société de surgelés Findus en Europe, les magasins de confiserie Laura Secord au Canada et aux Etats-Unis avec les affaires de café moulu et torréfié.

Bonnes surprises en vue

Une stratégie rendue nécessaire par la montée en puissance des distributeurs qui n'hésitent pas à copier les produits des fabricants, tant dans leur composition que dans leur emballage. La seule parade consiste à proposer des produits sophistiqués et augmenter les dépenses de marketing pour imposer une marque comme référence. Nestlé a ainsi mis en test une nouvelle eau minérale vendue sous son propre nom qui pourrait à terme prendre de confortables parts de marchés dans les marchés émergents grâce notamment à une composition scientifiquement calibrée. Ce type d'option rend optimiste Pierre Tissot qui estime que le second semestre pourrait aussi révéler de bonnes surprises pour la multinationale. Les investisseurs ont envie d'y croire. Le titre Nestlé, en gagnant 156 francs à 3730 (+4,36%), a tiré à lui seul le SMI mercredi à son plus haut niveau de l'année.