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Les métiers techniques du bâtiment: les vraies valeurs et le vrai prix

L’Association des installateurs électriciens du canton de Genève (AIEG) et Suissetec sft Genève s’interrogent sur les effets pervers des plateformes en ligne proposant dépannages et travaux divers

Après l’interview de l’un des cofondateurs de Batmaid dans Le Temps du 21 novembre dernier, l’Association des installateurs électriciens du canton de Genève (AIEG) et le Groupement des associations romandes d’installateurs électriciens (GARIE), ainsi que Suissetec sanitaire ferblanterie toiture Genève réagissent aux propos tenus dans cet article.

Normes très strictes et lourds investissements

Le manque de transparence dénoncé est absolument calomnieux pour les entreprises membres des associations professionnelles et les propos d’Andreas Schollin-Borg sur les énormes marges réalisées dans ces secteurs sont purement et simplement fallacieux. Les Associations regrettent d’autant plus que ces attaques «faciles» n’étaient aucunement argumentées.

Peut-être faut-il signaler en préambule que les entreprises d’installations électrique et sanitaire obéissent à des lois et des normes techniques très strictes qu’elles sont en mesure de garantir à chacune de leurs interventions. Que pour pouvoir répondre à ces obligations légales et normatives, les entreprises supportent de lourds investissements en matériels, équipements et formation continue. Que ces métiers sont encadrés par des conventions collectives de travail valorisant des formations de haute technicité et que ces travaux sont couverts par des assurances indispensables dans de tels domaines d’activité.

Les effets de l’économie collaborative

A l’ère de l’ubérisation de l’économie et de l’économie collaborative, la première à but lucratif, la seconde censée être à but non lucratif, les professionnels des métiers techniques du bâtiment commencent à être touchés par ce phénomène, qui tend à s’amplifier depuis quelques années. Mais les risques liés ne sont pas anodins! Que se passerait-il en cas de dégâts des eaux ou, plus grave, en cas d’électrocution qui provoquerait le décès d’une personne suite à une intervention par l’intermédiaire de l’une ou l’autre de ces plateformes? Quid des responsabilités?

Aussi, les Associations professionnelles ne peuvent s’empêcher de se poser des questions sur les pratiques commerciales de ces plateformes numériques au sens large. Comment les «professionnels» qui interviennent par leur intermédiaire peuvent-ils proposer des tarifs horaires parfois inférieurs aux salaires minimaux en vigueur dans ces professions? A quel niveau les tarifs sont-ils rognés? Sur la part consacrée aux impôts ou aux charges sociales? Sur la qualité des travaux réalisés ou des matériaux utilisés? Sur les assurances?…

Quel modèle pour demain?

La société, dans son ensemble, doit, elle aussi, se poser des questions sur le modèle qu’elle souhaite pour demain. Car les conséquences de ces évolutions sont bien réelles et ne sont pas négligeables. Que signifieront demain les notions d’emplois et de protection sociale si l’ensemble des risques est supporté par les employés eux-mêmes? Seront-ils payés à leur juste valeur? Comment supporteront-ils les lourds investissements matériels indispensables à certains métiers sans pouvoir fixer librement leurs tarifs? Comment seront formés les professionnels de demain si les entreprises dites traditionnelles n’existent plus?

Il est important de préciser que l’Association des installateurs électriciens du canton de Genève (AIEG), le Groupement des associations romandes d’installateurs électriciens (GARIE), ainsi que Suissetec sanitaire ferblanterie toiture Genève ne militent pas pour l’interdiction de ces plateformes. Mais il devient urgent que les pouvoirs publics se penchent sur ces questions et posent un cadre réglementaire clair et éthique. Les utilisateurs bénéficieront de meilleures garanties, les professionnels d’une concurrence plus saine et les profits de cette nouvelle économie rejailliront sur toute la collectivité. Aujourd’hui, il est impossible de comparer deux business models qui ne jouent pas selon les mêmes règles!

Des vraies places de travail

En l’état actuel des choses et pour éviter de mauvaises surprises, il est bien plus sécurisant pour les clients de faire appel à des professionnels reconnus ayant pignon sur rue et souvent implantés localement depuis plusieurs générations. Les entreprises engagées au niveau associatif garantissent la bienfacture du travail réalisé, s’attachent à respecter les conventions collectives de travail en vigueur et l’ensemble des réglementations de notre pays, tant sur un plan social que fiscal ou encore normatif.

Outre les milliers de «vraies» places de travail offertes par les entreprises dites traditionnelles et leur impact sur toute l’économie, il faut aussi souligner que ces mêmes entreprises sont aussi particulièrement engagées dans la formation professionnelle initiale en formant chaque année plusieurs centaines d’apprentis et encouragent le développement professionnel de leurs collaborateurs par la formation continue.

A l’inverse, nous pouvons légitimement nous interroger sur l’impact de ces plateformes pour l’équilibre de notre modèle sociétal et économique.

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