Les spéculations se multiplient autour du groupe allemand d'alimentaire et de grands magasins Metro (cash and carry, Kaufhof, MediaMarkt...). Après les rumeurs d'un rapprochement avec le géant américain Wal-Mart, c'est le groupe anglais Kingfischer qui est cité aujourd'hui par le Financial Times pour devenir partenaire du groupe allemand. Même si Metro dément toutes ces rumeurs, la multiplication de celles-ci montre bien que le groupe allemand est en pleine ébullition.

Selon les analystes, il y a plusieurs explications à cela. Le cours de l'action a fortement chuté l'année passée: alors que les titres s'échangeaient à 73,6 euros au mois de février, ils sont tombés à 41,4 euros mercredi passé. Ce n'est que grâce aux rumeurs qu'ils ont un peu progressé. Cette évolution s'explique tout d'abord par le fait que le groupe est sous pression sur le marché allemand. Avec l'arrivée de Wal-Mart en Allemagne et un accroissement de la concurrence, les marges deviennent de plus en plus réduites. Robert Weitz, président de l'association allemande du commerce de détail, explique que le «marché allemand est saturé et que les rendements sont bas comme nulle part ailleurs». Les supermarchés se font la guerre avec des campagnes agressives de réduction de prix. La pression s'est encore accrue depuis l'entrée sur le marché allemand fin 1997 du leader mondial Wal-Mart. Dans les 95 magasins repris par la société américaine, des campagnes agressives de réduction de prix sur des centaines d'articles ont été lancées. D'autre part, il semble que certains actionnaires de Metro, à commencer par son fondateur Otto Beisheim, ne soient désormais plus opposés à vendre leurs paquets d'actions. Selon la presse allemande, depuis le décès de sa femme, celui-ci ne serait plus trop intéressé par les affaires. Otto Beisheim ainsi que les familles Schmidt-Ruthebeck et Haniel détiennent chacun un tiers des actions de Metro Holding, qui contrôle 60% de Metro. Selon le magazine Manager Magazin, Jan de Haeften, président du conseil de Haniel, a rencontré l'année passée des représentants de Wal-Mart. Il aurait voulu sonder le terrain pour savoir combien valait son paquet d'actions. Et les familles actionnaires de Metro ne seraient plus contentes du rendement de la société.

Un parc immobilier qui doit être vendu au cours de ces deux prochaines années

Lors de ces entretiens, Jan de Haeften, qui est également le président du conseil de Metro, aurait appris que l'ensemble du groupe pèse 40 milliards de DM. Ces contacts furent menés dans la plus grande discrétion. Jusqu'à présent, le groupe Metro s'est toujours montré farouchement décidé à garder son indépendance. Selon Manager Magazin, Erwin Conradi, délégué du conseil d'administration, a été très fâché de savoir que l'important actionnaire ait pris des contacts aux Etats-Unis. Celui-ci n'a cessé de répéter ces derniers jours que les rumeurs colportées relèvent «de la bêtise».

Au début de ce mois, Metro a présenté un plan pour la vente d'une partie de son parc immobilier. Les responsables de la société avaient alors indiqué qu'ils désiraient ainsi libérer des moyens pour financer des acquisitions. Metro a ainsi placé 290 immeubles d'une valeur de 5,4 milliards de DM dans une joint-venture détenue à 49% par le groupe et à 51% par la Westdeutsche Landesbank. Ce parc immobilier doit être vendu au cours de ces deux prochaines années.

Ce paquet comprend des super-marchés, des magasins alimentaires et non-alimentaires en Allemagne, Turquie, Hongrie, Grèce et Luxembourg. Metro montre ainsi qu'il désire se focaliser sur ses activités de base. Pour Max Resch, analyste chez Hypovereinsbank, «Metro devrait poursuivre une stratégie combinant des acquisitions et des fusions». Pour un rapprochement, il estime pourtant que Kingfischer n'est pas le candidat rêvé. Cette société est en effet plutôt spécialisée dans le secteur du «do it yourself», un domaine où les activités de Metro ne sont pas très rentables. Metro réalise en fait les deux-tiers de son résultat dans le secteur du cash and carry et avec les grandes surfaces de vente de produits électroniques. On peut s'attendre à ce que ce soit dans ce domaine que le groupe veuille se renforcer par fusion ou par acquisition. Pour Fabian Kania, analyste à la Bankgesellschaft à Berlin, seules quelques divisions de Metro devraient intéresser Wal-Mart.