Quel est le point commun entre un immeuble familial en bois, une soufflerie de test pour bolides de formule 1, le métro M2 à Lausanne, de travaux de protection contre les crues d'une rivière à Zurich et un centre commercial géant ouvert récemment à Berne? Réponse: toutes ces réalisations, et bien d'autres encore, doivent leur existence au travail des ingénieurs. C'est ce que vient rappeler le site internet* mis en place par l'USIC (Union suisse des sociétés d'ingénieurs conseils), un site conçu comme l'élément de base d'une politique destinée à promouvoir les métiers d'ingénieur.

«Il y a une méconnaissance effrayante de ces métiers, constate Mario Marti, secrétaire de l'USIC. Quand on demande à des jeunes qui construit une maison, la réponse est: l'architecte.» Et il en est ainsi dans tous les domaines: «Personne ne pense à ce qui rend possible le trajet en train entre Berne et Zurich en moins d'une heure. Ces professions ne se trouvent pas sur les écrans radar des jeunes.»

C'est pour changer cet état de fait qu'a été lancé le site de l'USIC. Parmi une trentaine d'autres exemples, il explique ainsi en quelques lignes ce que le Centre Paul Klee, à Berne, doit aux ingénieurs. Car si on a beaucoup parlé des trois vagues imaginées par l'architecte Renzo Piano, il a fallu trouver des solutions techniques sur mesure pour concrétiser ce bâtiment aux formes inhabituelles.

Ouvert depuis cet été, ce site internet vient ainsi s'ajouter aux initiatives qui fleurissent tous azimuts afin de promouvoir les métiers techniques, des championnats de robotique aux journées portes ouvertes des écoles d'ingénieurs en passant par les diverses initiatives destinées à encourager les filles à se tourner vers les filières techniques.

Car le constat est là: alors qu'il existe une forte demande en ingénieurs, la pénurie se fait sentir depuis plusieurs années. «Le phénomène a commencé en 2002», estime Mario Marti. Engager des ingénieurs étrangers est une solution qui a ses limites: «De nombreux Allemands travaillent déjà en Suisse alémanique. Mais même ainsi, il est difficile de trouver du monde. Toute l'Europe est concernée par cette pénurie.» En France, les 33000 ingénieurs nouvellement diplômés qui entrent chaque année sur le marché du travail satisfont à peine un tiers des besoins des entreprises, selon un chiffre cité par le quotidien français La Tribune.

«Ces professions demandent beaucoup de maths et de physique et ces disciplines rebutent de nombreuses personnes», note Mario Marti, pour qui le problème prend racine dès l'école: «Les élèves sont de moins en moins obligés de travailler ces matières. Et ils peuvent de plus en plus les éviter au gymnase.» Conséquence, il ne vient plus à l'idée des jeunes de s'orienter vers ces métiers.

Parmi les arguments mis en avant par certains ingénieurs en faveur de leur profession, figure aussi celui du développement durable, dont relèvent bon nombre des projets présentés sur le site. A l'exemple du métro lausannois ou bien, en matière d'énergies renouvelables, de l'adduction sous-glacière de Zinal, qui permettra d'augmenter la capacité de production du barrage de Moiry. «Un des points positifs du métier est la possibilité d'aller sur le terrain et, une fois le mandat terminé, de voir les améliorations que nous avons pu apporter», estime Caroline Verrey, qui a participé à l'adduction de Zinal.

De même, il a beaucoup été question du développement durable dans les projets proposés lors du concours lancé sur le site cet automne, dont les résultats sont en cours de dépouillement. «De manière globale, les jeunes sont très intéressés par les problèmes de société et l'amélioration de la qualité de vie», relève Lydia Fino, chargée de communication pour l'USIC. Pour l'anecdote, il y a même eu une participante de 7 ans.

Mais parmi les arguments qui reviennent le plus souvent dans les mini-interviews d'ingénieurs visibles sur le site, il y a celui de la variété. «Ce qui est passionnant dans ce métier, c'est que, pratiquement sur chaque projet, nous avons des situations inédites», explique ainsi Nicolas Robady, un ingénieur qui s'occupe de construire le learning center de l'EPFL.

Même son de cloche du côté de Lausanne, avec le M2: «Il s'agit d'une première mondiale, car c'est le premier métro avec des déclivités aussi importantes, jusqu'à 12%», s'enthousiasme Fabien Currat, qui a travaillé sur ce projet. Le fait de participer à des réalisations concrètes et durables revient aussi souvent. «Nous construisons des ouvrages réels, des bâtiments, des ponts, relève Nicolas Robady. S'ils tiennent, c'est que nous les avons calculés correctement.» A mi-octobre, le bilan était de 8000 visites sur le site internet, avec une durée de connexion plus élevée que la moyenne. De quoi faire un peu mieux connaître des métiers auxquels on pense trop rarement, alors même que, des ponts aux bâtiments les plus divers, on en a les résultats au quotidien sous les yeux.

*http://www.les-ingenieurs-construisent-la-suisse.ch