La caisse de pension Hotela rassemble plus de 3000 entreprises de deux branches particulièrement frappées par la crise liée à la pandémie. Elle couvre les besoins de prévoyance des hôteliers-restaurateurs et des bureaux de voyage. «Nous sommes souvent confrontés à des situations dramatiques. Au téléphone, certains hôteliers sont désespérés», confie Michael Bolt, directeur d’Hotela, lors d’une interview. Mais si l’hôtellerie est au plus mal, la caisse de pension qui rassemble la plupart de ses acteurs se porte bien. Comment justifier ce fossé? Et qu’en est-il dans les restaurants, souvent couverts chez GastroSocial?

«Les salariés des établissements sont très bien couverts, mais les patrons d’hôtels et de restaurant s’oublient très souvent en matière de prévoyance professionnelle», observe Michael Bolt. Les entrepreneurs ont fréquemment coutume de considérer leur établissement comme leur avoir de vieillesse.

Un marché sans acheteur?

Lorsqu’ils expriment leur désir de prendre leur retraite et de vendre leur hôtel, ils ne trouvent pas d’acheteur et se voient obligés de poursuivre leur activité au-delà de 65 ans, constate Michael Bolt. Les grandes chaînes hôtelières, également clientes d’Hotela, ne rencontrent pas ce type de difficultés. «Les grands groupes profitent des restrictions pour investir et rénover et n’ont pas de problème de survie», indique Hotela. Mais il est vrai que des fermetures d’établissements se sont produites, à l’image du Swissôtel à Zurich.

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Hotela se distingue aussi de la caisse de pension des restaurateurs, GastroSocial, basée à Aarau. Cette dernière est une fondation commune autonome, l’institution de prévoyance professionnelle de la fédération GastroSuisse. Elle compte quelque 20 000 clients et environ 170 000 assurés. La situation est tendue. «Nous recevons quotidiennement des courriers de restaurants qui ne peuvent plus faire face à leurs engagements financiers», indique le porte-parole. En raison de la pandémie, «en particulier depuis novembre dernier, les arriérés se sont nettement accrus. Nous sommes légalement obligés d’envoyer des rappels, et dans le pire des cas de les poursuivre en justice», explique-t-il.

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Face à cette situation, GastroSocial a écrit au Conseil fédéral le 12 janvier dernier pour lui proposer de suspendre les rappels et les poursuites temporairement, jusqu’au 30 juin. Dans les cas exceptionnels, la caisse de pension offre déjà des reports de paiement, selon son porte-parole.

Une situation financière saine

Le degré de couverture d’Hotela s’élevait à 109% à la fin 2019, lui permettant de verser un intérêt rémunérateur de 2,25%, après une belle performance de 11%. A la fin 2020, la santé de l’institut de prévoyance n’est pas entamée puisque ce taux de couverture reste identique à celui de 2019, selon son directeur.

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Chez GastroSocial, la situation financière demeure très solide. Le degré de couverture à la fin 2020 sera connu dans quelques semaines, selon son porte-parole. A la fin 2019, il s’élevait à 120,9%. En novembre dernier, il était encore de 119,9%. L’institut de prévoyance a pu, selon son porte-parole, gagner des assurés issus de l’hôtellerie et de la gastronomie, et maintenir une relation saine entre actifs et rentiers.

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Le profil d’Hotela, dont le capital de prévoyance atteint 2,1 milliards de francs, est très particulier. Contrairement aux institutions d’autres branches qui souffrent d’une forte proportion de retraités, il n’y a qu’un rentier pour 16 actifs au sein d’Hotela (4212 rentiers, dont 2457 retraités, pour 66 118 employés assurés). Le taux de conversion est ainsi extrêmement attractif, puisque de 6,8%. «De nombreux employés quittent le métier avant 65 ans en raison de ses conditions de travail particulièrement difficiles», justifie Michael Bolt. Les horaires de travail et la présence fréquente le week-end compliquent la vie de famille. De plus, l’espérance de vie est réduite. Celle des cuisiniers est inférieure à celle des métiers du bâtiment. Le stress et la forte hiérarchisation, dans un environnement fermé, ruinent la santé de nombreux employés, juge Hotela.

Mais c’est «vraiment le fait que les employés quittent la branche en cours d’emploi ou, une fois arrivés à la retraite, prennent souvent le capital, qui conduit à la bonne santé de la caisse», selon Michael Bolt.

Les effets de la structure démographique

La structure démographique favorable se traduit, chez Hotela, par une politique de placement qui accorde une part supérieure à la moyenne aux placements illiquides. Les placements en infrastructures (actuellement à 3,1%) devraient atteindre 5%, le private equity (absent aujourd’hui) devrait se monter à 2%, les marchés privés (3,7%) à 4%, l’immobilier suisse non coté (6,3%) à 9%, l’immobilier étranger non coté (3,5%) à 3,5%.

La bonne santé d’Hotela traduit aussi la volonté d’une partie du personnel d’origine étrangère de préférer à la rente, généralement modeste, l’emploi de leur capital vieillesse pour financer l’achat d’un logement de retour au pays.

Face à la pandémie et aux restrictions, les hôtels et les restaurants en difficulté demandent souvent un délai supplémentaire dans le versement de leurs cotisations, note Michael Bolt. Le casse-tête financier des établissements est d’autant plus aigu que la politique de stop-and-go des autorités réduit la visibilité. Mais si un hôtel doit fermer définitivement, la procédure s’effectue dans l’ordre. «Nous n’avons guère de souci pour récupérer les cotisations LPP», affirme Hotela.

Les difficultés d’Hotela durant la crise économique sont davantage de nature administrative que financière et liées à la forte fluctuation du personnel, selon Michael Bolt. Par nature, les hôtels engagent et se séparent de nombreux employés chaque saison. Les mouvements se sont encore accrus avec les mesures de fermeture, selon Hotela.