Prix SVC

Michael Willimann: «Les PME doivent devenir plus agiles»

Responsable de la région Suisse romande et de la clientèle PME à Credit Suisse, également membre du jury du Prix SVC, Michael Willimann observe une évolution de l’entrepreneuriat

Le Prix Swiss Venture Club (SVC) prend un coup de jeune. Destiné aux PME romandes, il a toujours compté parmi ses finalistes des entreprises très traditionnelles. Pour la première fois, des sociétés technologiques qui étaient encore, il y a peu, des start-up, ont rejoint le club.

A propos du prix remis jeudi 8 novembre 2018: La société nyonnaise Beqom reçoit le prix SVC

Michael Willimann, responsable de la région Suisse romande et de la clientèle PME au Credit Suisse, également membre du jury, analyse cette évolution.

Beaucoup d’entreprises technologiques figurent parmi les finalistes du Prix SVC. Le tissu économique a-t-il changé ou est-ce que ce sont les critères de sélection du Prix SVC qui ont été modifiés?

Nous n’avons pas changé nos critères de sélection mais nous observons une évolution de l’entrepreneuriat. Les start-up mûrissent et se transforment en PME. Beqom, Flyability ou Abionic ont passé ce cap. Elles intéressent désormais le jury du Prix SVC, séduit par leur dynamisme, leur capacité d’innovation et de numérisation. La bonne PME, qui fait toujours très bien son travail, symbolise moins la transformation en cours de notre tissu économique et capte de ce fait plus difficilement l’attention.

Il y a six ans, nous étions plus dubitatifs quant au succès à long terme des start-up. Nous constatons aujourd’hui que plusieurs d’entre elles ont fait leurs preuves, qu’elles enregistrent une forte croissance et qu’elles sont désormais ancrées dans le tissu économique régional. Elles prouvent qu’il n’est plus nécessaire d’être une multinationale avec des filiales à travers le monde pour croître très rapidement et avoir accès au marché international.

Ces start-up devenues PME font-elles de l’ombre aux entreprises plus traditionnelles?

Elles les poussent surtout à faire des efforts en matière de communication et d’innovation. Ces dernières doivent se mettre en avant et devenir plus agiles, un peu plus dynamiques si elles souhaitent attirer des ingénieurs. Aujourd’hui, les PME traditionnelles subissent la concurrence des start-up surtout en matière de recrutement.

Les PME forment plus de 99% des entreprises en Suisse et génèrent deux tiers des emplois. Sont-elles prêtes aux défis liés à la numérisation?

Selon une étude dans laquelle nous avons interrogé plus de 1000 PME de toutes les branches et de tous les cantons, un tiers d’entre elles ne se considèrent pas concernées par ces bouleversements. Cela nous a surpris. Certes, il existe des branches que la numérisation ne devrait pas transformer. Toutefois, un nombre non négligeable de PME sous-estiment l’ampleur de cette révolution technologique. Elles courent le risque de s’exclure de certains domaines d’activité. En revanche, pour 45% des entreprises interrogées, cette évolution comporte plus d’opportunités que de risques. Les PME se posent beaucoup de questions quant à la numérisation, les nouvelles vagues de méthodes de travail mais aussi leur succession. La pérennité de l’entreprise n’est pas acquise.

Le climat conjoncturel actuel est-il favorable aux petites et moyennes entreprises?

Oui, absolument. Les sociétés bénéficient d’un bol d’air au niveau du franc, du dynamisme de la croissance mondiale et de l’augmentation de la classe moyenne. Je n’ai d’ailleurs jamais été aussi optimiste qu’aujourd’hui pour les sous-traitants industriels et les sociétés exportatrices qui ont appris à se protéger en restant innovantes et compétitives. En revanche, c’est beaucoup plus difficile et très concurrentiel pour celles qui sont tournées vers le marché domestique. Ces entreprises se croyaient protégées des aléas du franc mais les règles du jeu ont changé. Aujourd’hui, une entreprise sur deux se mesure à des concurrents étrangers contre une sur trois il y a dix ans. Elles n’échappent plus vraiment à l’internationalisation de l’économie.

Trouvent-elles facilement du financement auprès de Credit Suisse?

Les entreprises bien gérées trouvent du financement et particulièrement celles qui se différencient de la concurrence. La banque sert plus de 100 000 entreprises en Suisse. En 2018, le volume des crédits accordés par la banque aux entreprises en Suisse s’élève à 55 milliards, dont 31 milliards pour les PME. En volume, les prêts aux PME, c’est-à-dire aux entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires de moins de 250 millions de francs, sont trois fois plus élevés que ceux concédés aux grandes entreprises. Cela inclut les crédits hypothécaires.

De façon générale, les grandes entreprises recourent actuellement toujours plus au marché des capitaux plutôt qu’aux crédits bancaires. En raison de la disponibilité actuelle des liquidités et des taux d’intérêt sur le marché, l’accès aux crédits n’est de loin pas le principal problème des PME et assurément pas une des causes de leurs éventuelles difficultés.

Quels conseils donneriez-vous à ces PME?

Elles doivent se confronter aux problèmes actuels, se faire challenger, confronter leurs avis et échanger avec d’autres entreprises. Je conseillerais aussi aux patrons de PME d’aller chez leurs clients pour connaître leurs besoins, recevoir des retours sur les produits ou les services. Un patron, ce n’est pas seulement un manager qui règle des problèmes internes. C’est surtout une personne qui sort de son entreprise pour rencontrer ses clients.

Publicité