Vins

Michel Rolland: «Les Chinois vont continuer à acheter des vins de Bordeaux»

La bonne qualité du millésime 2014 devrait aider à relancer le marché, selon l’œnologue bordelais Michel Rolland. L’attrait des vins de Bordeaux reste important auprèsdes Chinois

«Il est bien que Bordeaux présente un millésime comme 2014»

Vins La bonne qualité du cru de l’année passée devrait relancer le marché, selon l’œnologue Michel Rolland

L’attrait des vins bordelais reste important auprèsdes Chinois

La traditionnelle semaine des primeurs des vins de Bordeaux se déroule cette semaine. Plus de 5000 acheteurs et prescripteurs du monde entier se pressent dans les différents châteaux pour évaluer le tout jeune millésime 2014. Selon le «flying winemaker» bordelais Michel Rolland, la qualité est au rendez-vous. Un soulagement après un millésime 2013 difficile et un net recul du marché chinois. Entretien dans un salon cossu de l’Hostellerie de Plaisance à Saint-Emilion.

Le Temps: Vous considérez que le millésime 2014 est très réussi, proche de 2009 et 2010. Quelles sont ses caractéristiques?

Michel Rolland: 2014 n’est pas tout à fait du niveau de 2009 et 2010. Cela s’est joué sur un cumul de petits détails. Juillet a été un peu froid. Il a plu en août. On a connu un été atlantique comme on ne les aime pas toujours. Heureusement, il y a eu un très bel automne qui a permis de rattraper le retard pris et d’atteindre de bonnes maturités. A priori, c’est la rive gauche (Médoc) qui en a le plus profité. On a pu vendanger les cabernets jusqu’au 15 octobre. Sur la rive droite, les merlots, plus précoces, ont pris un peu de pluie avant les vendanges. D’après ce que j’ai pu goûter jusqu’ici, le 2014 me fait penser au 2008 avec peut-être un peu plus de précision.

– Un bon millésime suffira-t-il à relancer le marché après trois années difficiles?

– Je ne dirais pas les choses comme ça. 2011 est un millésime avec des tanins carrés, il faut lui donner un peu de temps. 2012 est délicieux, même si les vins n’ont pas d’une grande profondeur. 2013 a été un millésime compliqué, personne ne peut dire le contraire. Dans ce contexte, il est bien que Bordeaux puisse présenter un millésime comme 2014. Le négoce en a besoin pour relancer son activité.

– Premier marché des vins de Bordeaux depuis 2011, la Chine a réduit ses achats avec une baisse de 19% des ventes en volume en 2014. Croyez-vous à un rebond?

– L’an dernier, il n’y avait pratiquement pas de Chinois pendant les primeurs. Ils sont plus nombreux cette année. Le profil des acheteurs est aussi différent. Au début, beaucoup de gens se disaient marchand de vin. Les choses se normalisent peu à peu. Les mesures prises par le gouvernement chinois pour lutter contre la corruption, avec notamment la restriction des cadeaux, ont également eu un impact. Mais les Chinois vont continuer à acheter des vins de Bordeaux. Plus autant que dans les années folles qu’ont été 2009 et 2010. Mais l’attrait pour nos vins reste important. La Chine est un marché qui se développe à la vitesse d’un rouleau compresseur. Mais c’est un rouleau compresseur. Je vois aussi des signaux positifs sur le marché américain, qui a baissé ces trois dernières années. Avec un dollar à 1.07 euro contre 1,35 ou 1,40 les millésimes précédents, cela va repartir, j’en suis convaincu.

– Dans une récente interview à «The Drink Business», Robert Parker juge que le marché des primeurs est «en grande partie mort, excepté dans les grands, grands millésimes». Il dénonce en particulier les prix trop élevés pour des millésimes faibles. Vous partagez son analyse?

– Je modérerais un peu son propos. Le système primeur ne peut pas se concevoir une année sur deux. Ou on fait des primeurs, ou on n’en fait pas. Sinon, qui déciderait? J’imagine qu’on ira plutôt vers une réduction du nombre de châteaux qui participent aux primeurs que vers une disparition du système. Le marché mondial n’est pas capable d’absorber 220 étiquettes en primeur. Il serait plus cohérent en s’en tenant aux 70 ou 80 châteaux les plus prestigieux.

– Robert Parker n’est pas présent pour les primeurs, une première depuis plus de trente ans. Une mauvaise nouvelle pour Bordeaux?

– C’est le critique qui avait le plus d’impact, et de loin. Mais même sans lui, la terre va continuer de tourner. Le marché du vin ne va pas s’arrêter. Il y aura moins d’effervescence quand les notes de The Wine Advocate (TWA) seront publiées… A mon avis, il n’y aura pas de nouveau Robert Parker. Aujourd’hui, les critiques sont très nombreux. Ils vont s’arranger pour qu’aucun d’entre eux ne prenne trop d’influence. Il y a aussi beaucoup plus de vins qu’il y a trente ans. Au début, Bob faisait TWA tout seul. Aujourd’hui, il a besoin de sept ou huit collaborateurs. Les responsabilités ne sont pas les mêmes.

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